Cette semaine, une trentaine de jeunes du Pacifique et de Calédonie sillonne différents sites de la province Nord dans le cadre d’un vaste projet de l’Unesco de sensibilisation à la biodiversité marine et aux changements climatiques.
Par Aude Perron
« Dans ce temps-là, on ne faisait pas attention. Ils prenaient le sable et les coraux pour faire la route. On était content de ne plus rouler sur la piste en terre. Mais maintenant, les vagues ne sont plus arrêtées. » Et le résultat est là, on ne peut plus visible : autour de Marie-France Poinine, le littoral a été patiemment grignoté par la mer, des portions s’affaissent et des cocotiers, autrefois gardiens de la terre, sont désormais couchés sur le sable. Ce site où le littoral est érodé en est un parmi plusieurs que la représentante de l’association Hoüt Comité gestion de Touho fait visiter à une délégation d’une trentaine de jeunes de quinze nationalités différentes (Cook, Fidji, Marshall, Salomon, Kiribati, Micronésie, Niue, Palaos, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Samoa, Tokelau, Vanuatu, Corée, Indonésie, Philippines et Calédonie)
Ces derniers sont les participants du projet du patrimoine mondial de l’UNESCO pour l’information des jeunes de la région Asie Pacifique sur la biodiversité marine et le changement climatique, organisé avec le concours du Conservatoire des Espaces Naturels de Nouvelle-Calédonie (CEN). Un projet qui s’inscrit dans l’Année internationale 2014 pour les petits États insulaires en développement (PEID) dans la région du Pacifique et qui veut rassembler des 18-30 ans de ces pays, de l’Asie du Sud-Est et de la Calédonie. Le but : sensibiliser ces représentants d’associations, d’ONG ou de gouvernement à l’importance de la biodiversité marine et aux impacts des changements climatiques.
« Ces jeunes ont des responsabilités naissantes dans le domaine de l’environnement. Tôt ou tard, ils vont se retrouver en position de décision. Les sensibiliser à l’environnement, c’est un investissement pour l’avenir », estime Etienne Clément, directeur du bureau de l’UNESCO pour le Pacifique, à Apia. « Nous souhaitons donner des compétences de base aux jeunes dans le montage de leurs projets sur le thème des changements climatiques, ajoute Carmela Quin, point focal pour le programme d’éducation au patrimoine mondial, à l’UNESCO, à Paris. Nous voulons également les sensibiliser au volontariat mondial pour obtenir plus de candidatures du Pacifique quand nous lançons notre appel annuel à projets dans le cadre du Volontariat pour le patrimoine mondial. » Le travail effectué en Calédonie devrait même déboucher sur une formation type sur la biodiversité marine et les changements climatiques qui pourrait servir à d’autres régions du monde.
Pour le moment, le programme de la semaine, qui s’étire jusqu’à dimanche, est mené au pas de charge, entre la visite des sites des lagons, des récifs marins, des sentiers botaniques sur les îlots, sur Touho et Hienghène et de l’usine du Koniambo, à Voh, entre autres. « J’espère que les jeunes vont s’inspirer de ce qu’ils ont vu ici, comme la façon de restaurer la mangrove ou de faire le suivi du récif, dit Myriam Marcon, coordonnatrice du pôle Patrimoine mondial au CEN. Il faut qu’ils soient moteurs dans la gestion et l’adaptation aux changements climatiques. Qu’ils soient une force de proposition. »
Légende : Les jeunes, de quinze nationalités différentes, ont planté des dizaines de palétuviers et quelques cocotiers.
Pourquoi participez-vous à cette semaine sur la biodiversité marine et les changements climatiques?
Isabelle, 30 ans, Bélep
Cette semaine est enrichissante car je suis sur le terrain avec des techniciens qui peuvent nous aider avec nos projets. Chez nous, les déchets sont brûlés au dépotoir. Cela brûle même des zones qui ont déjà été reboisées. Au lieu de brûler, nous aimerions que les déchets soient triés et acheminés vers Kaala-Gomen. Pour l’instant, nous sensibilisons dans les écoles et organisons des opérations de ramassage des ordures.
Gibson, 23 ans, Papouasie-Nouvelle-Guinée
Ici, j’apprends l’importance de protéger les sites classés au patrimoine. J’ai appris qu’on pouvait planter de la mangrove pour lutter contre l’érosion. Les PEID devraient considérer ce genre de stratégies d’atténuation des impacts des changements climatiques. Je trouve que nous, les jeunes, devrions mieux prendre notre place dans l’élaboration des politiques sur les changements climatiques.
Kirana, 24 ans, Indonésie
Je me trouve devant un site classé patrimoine mondial. Avant de venir ici, je ne connaissais pas les PEID et surtout, je ne réalisais pas à quel point les changements climatiques les impactent. En Indonésie, ce n’est pas aussi visible. J’aimerais rentrer chez moi et partager tout ce que j’ai appris ici.
Photo : A. P.
Investissement sur l’avenir, Les Nouvelles Calédoniennes, 9 avril 2014.

