La cigale, la fourmi et les danseurs

Hier, s’est achevée une résidence de danse au Conservatoire. Objectif : créer le 8e volet du spectacle Histoire de fables, à l’aide du chorégraphe Sylvain Wenethem et deux interprètes de l’association Moebius Danse.

Par Aude Perron

Une impression de fluidité. Les danseurs s’appuient l’un sur l’autre, s’entraînent dans leur chute, s’enroulent, il la soulève, elle l’emprisonne de ses bras. Ca coule, c’est harmonieux. Pourtant, ils improvisent. Pourtant, ils se connaissaient depuis seulement un an. Lui, c’est Pash, de son vrai nom Pascal Téouri, danseur urbain de 20 ans. Elle, c’est Tania Alaverdov, danseuse contemporaine de 24 ans. Sur la scène de l’auditorium du complexe culturel de Koné, cette semaine, il est une cigale et elle, une fourmi. Ils interprètent la très célèbre fable de Jean de La Fontaine, sous la direction de Sylvain Wenethem, chorégraphe et professeur au Conservatoire de musique et de danse de Nouvelle-Calédonie.

La pièce d’une dizaine de minutes constitue le huitième volet d’Histoire de fables, un spectacle conçu par Quentin Rouillier et qui réunit des chorégraphes d’univers différents : danse traditionnelle, contemporaine et hip-hop. Chacun d’eux choisit sa fable de de La Fontaine et ses interprètes parmi les cinq (Tania Alaverdov, Enzo Fabre, Amandine Tambareau, Pascal Téouri et Yoan Ouchot) de l’association Moebius, une compagnie de danse née en 2012 qui vise à professionnaliser les artistes, à créer et diffuser des spectacles et organiser des ateliers de sensibilisation à la danse. La pièce doit durer entre 6 et 12 minutes. « La contrainte, c’est déjà de choisir une fable ; il en existe plus de 200, fait remarquer Sylvain Wenethem. Ensuite, il faut choisir les danseurs. J’ai choisi Tania et Pash, parce que je voulais les découvrir. Je ne voulais pas être dans le « rassurant ». Je voulais me mettre en danger. » 

Le chorégraphe ne regrette pas son choix. Selon lui, les deux artistes ont chacun leur univers dans lequel ils performent, mais ils sont également demandeurs de connaître celui de l’autre. « La danse contemporaine, c’est un autre délire !, avoue Pash qui danse depuis 9 ans. C’est une danse plus libre par rapport au hip-hop et son répertoire de mouvements. En contemporain, c’est à toi de créer tes propres codes. Mais Sylvain et Tania me mettent en confiance. »

Juste avant la répétition de jeudi, les danseurs prennent le temps de boire un petit café et discuter, en s’étirant une jambe par-ci, un bras par-là, entre deux phrases. « C’est ça qui est bon d’être en résidence : le corps et l’esprit sont entièrement disponibles, dit Tania, qui a commencé à danser à l’âge de 4 ans. Je n’ai pas besoin de me presser pour aller donner mes cours. Ici, en dehors du studio, on a le temps de se connaître avec Pash. Je sens qu’on a passé une étape. Et puis je découvre le travail de Sylvain. »

La résidence terminée, La cigale et la fourmi, ainsi les deux autres fables en préparation cette année, sera présentée pour la première fois à Koumac, fin août prochain, puis au Mont-Dore en septembre. L’ensemble du spectacle poursuivra sa tournée, tantôt avec les pièces mises bout à bout, tantôt en version partielle, selon la demande. Et il se bonifiera de nouvelles fables : « Tous les ans, nous allons démarcher des chorégraphes pour créer de nouvelles pièces, explique Quentin Retali, chargé de diffusion de Moebius. Nous sommes en train de former trois doublures pour que les pièces se transmettent de danseur en danseur. L’idée est de créer un répertoire de chorégraphies qui puisse vivre au-delà des interprètes et que cette production ait une durée de vie indéterminée. »

Légende : Le temps d’une fable, les danses contemporaine et urbaine se rencontrent, à travers Tania Alaverdov et Pascal Téouri.

Le chiffre. 210 000 francs. C’est le coût d’achat du spectacle. Mais il est modulable en fonction des besoins et des versions partielles peuvent être proposées.

Richard Digoué (Le serpent et la lime), Véronique Nave (La grenouille qui voulait se faire plus grosse que le boeuf), Yoan Ouchot (Le rat des villes et le rat des champs), Simon Poani (Le chêne et le roseau), Julie Restikelly (Le lion et le moucheron) et Gauthier Rigoulot (Le loup et l’agneau) sont les chorégraphes des 6 fables créées l’an dernier et ont été jouées une trentaine de fois. Cette année, elles seront présentées les 25-26 avril à Kouaoua, le 19 mai à Yaté, le 27 juin au Centre Culturel de Koutio, le 11 juillet à Lifou, les 2-3 août au Centre culturel Tjibaou, le 9 août à Voh. 

Trois nouvelles fables sont en préparation cette année : celle de Sylvain Wenethem, Le loup et le chien de Marie-Thérèse Siwéné. La neuvième devrait être élaborée d’ici juillet.

Une année chargée pour Sylvain Wenethem

Le professeur du Conservatoire continue d’assurer les cours de danse pour les 3-5 ans, les 6-8 ans, les 9-13 ans et les adultes. Ses élèves participeront à deux « mercredis danse », soirées dédiées à présenter l’offre en danse sur VKPP. Sylvain Wenethem a également été sollicité pour mettre en danse le spectacle des élèves de la CHAM des Allamandas et du collège de Koné. Il sera aussi de la partie au festival Cebu Nyebi ainsi qu’à l’inauguration du nouveau centre culturel Pomémie.

Photo : A. P.

La cigale, la fourmi et les danseurs, Les Nouvelles Calédoniennes, 12 avril 2014.

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