Un centre funéraire de quelque 95 millions de francs sera proposé au prochain budget supplémentaire de Koné. Une bonne nouvelle pour les administrés qui, sans cet équipement, doivent enterrer dans les 24 heures.
Par Aude Perron
Il y a un mois, Paulette (*) a perdu un membre de sa famille. Tout s’est passé très vite cette journée-là et déjà en soirée, le corps a dû être enterré. « Il y a des fois, comme ça, où on ne peut pas attendre les coutumes, l’arrivée des tontons et de la famille. On enterre dans les 24 heures, parfois moins. On essaie toujours de passer la nuit avec celui qui est parti. Mais jamais plus parce qu’après, il fait trop chaud. »
Ainsi va généralement le dernier voyage, à Koné, comme dans beaucoup de communes du pays qui n’ont pas de chambre funéraire : les adieux ne s’éternisent pas. La faute au manque d’endroit pour entreposer la dépouille. La faute à la chaleur. « Pour l’instant, on peut mettre la dépouille dans le réfrigérateur du dispensaire le temps que la famille vienne récupérer le corps. explique Patrick Robert, secrétaire général de la mairie de Koné. Mais cela ne permet pas de se recueillir. » Et la situation se complique si la personne décédée n’habite pas la commune. « Imaginez si le défunt est non-résident ou pire, s’il s’agit d’un expatrié. On fait comment ? », s’interroge-t-il.
Toutefois, la situation devrait s’améliorer dans un avenir proche car un projet de chambre funéraire sera proposé au prochain budget supplémentaire de la commune. Inspirée des dimensions de celle de Koumac qui s’apprête à entrer en fonction (voir encadré), elle comptera un réfrigérateur pour accueillir quatre dépouilles, un plateau technique pour préparer les corps, 2 salles de repos et une chapelle oecuménique. Coût prévu de l’équipement : environ 95 millions de francs. Il servira aux administrés de Koné où 25 décès ont été enregistrés en 2013, mais aussi de Pouembout, de part sa proximité. Quant à l’emplacement, en raison du manque de place dans l’enceinte du cimetière, il pourrait être situé sur une portion de terrain en face de ce dernier. « Ce sera bien pour pouvoir conserver le corps, commente Paulette. Surtout quand il y a mauvais temps car quand il pleut, l’eau remonte dans la fosse. On ne peut pas enterrer comme ça, ce n’est pas possible pour nous. »
En attendant qu’émerge cet équipement, Sylvio Loquet, le chef des sapeurs-pompiers de la commune, continuera, avec son équipe, continue d’être aux premières loges lorsque survient un décès. Comme il n’existe pas de service mobile d’urgence et de réanimation (SMUR) sur la commune, ce sont les pompiers qui, depuis l’ouverture du centre de secours en 1998, sont amenés à nettoyer et rendre le corps présentable à la famille, avec l’aide du médecin présent pour constater le décès. « On bouche le corps avec du coton. S’il s’agit d’un accident, on nettoie et on panse les plaies. On rhabille la victime pour la veillée. On lui parle, par respect, car souvent, on la connaît. »
Un gros travail qui peut prendre jusqu’à une heure. Mais une lourde tâche sur le plan psychologique. Sylvio Loquet a toujours à l’esprit que son équipe est composée de volontaires d’une vingtaine d’années à peine, parfois plus jeunes encore, qui n’ont encore jamais vraiment vu la mort. « Ca les bouscule, ça fait mal. Nous ne sommes pas formés pour faire ce travail et nous n’avons pas de suivi psychologique, reconnaît-t-il. Je sais que nous allons au-delà de notre mission, mais ce service est nécessaire car personne d’autre ne le fait et qu’on ne peut pas laisser les familles dans le désarroi. C’est assez difficile pour elles comme ça. »
(*) Nom d’emprunt
Légende : Le centre funéraire de Koumac devrait accueillir ses premières dépouilles à partir de la mi-2014.
Le chiffre : 24. En heures, c’est l’intervalle de temps entre le décès et la mise en terre de la dépouille, la faute à la chaleur et le manque de lieu de conservation du corps.
Tarifs (adultes) des services funéraires fournis par la mairie :
- Création d’une fosse au cimetière : 40 000 francs
- Concession au cimetière : 20 000 francs (pour 15 ans), 40 000 francs (pour 30 ans) et 100 000 francs (à perpétuité)
- Cercueil : 30 000 francs (modèle mairie), 70 000 francs (modèle pompes funèbres standard), 130 000 francs (modèle pompes funèbres luxe)
Un centre funéraire à Koumac, le premier dans le Nord
« Je l’ai voulu en forme de coque bateau. Pour évoquer le dernier voyage… », fait remarquer Wilfrid Weiss, le maire de Koumac. Sur la route principale de la commune, à côté du cimetière, le nouveau centre funéraire est impossible à rater. Un équipement de 141 millions de francs dont le financement est partagé entre la Province (70 M XPF), l’État via les contrats de développement (30 M XPF), la Nouvelle-Calédonie via le FIP (30 M XPF), la SLN (3,8 M XPF) et la commune (7,2 M XPF, montant auquel s’ajoute la mise à disposition du foncier). Un équipement nécessaire pour la commune qui enregistre une cinquantaine de décès par année, notamment en raison de la présence du CHN. Pour l’instant, les dépouilles sont stockées dans la petite chambre funéraire de trois places de l’hôpital, alors que selon la réglementation, elle ne devrait accueillir que les patients qui y sont décédés ou les accidentés de la route. « C’est un outil indispensable pour redonner à la morgue de l’hôpital sa vocation initiale, mais aussi pour permettre aux gens du grand Nord d’accompagner les défunts : entre Gomen, Poum, Ouégoa et Bélep, Koumac est un carrefour géographique », poursuit l’édile. Débutés en novembre 2012, les travaux sont aujourd’hui terminés. Ne reste plus qu’à réceptionner le mobilier et déterminer la gestion définitive de l’équipement. Ouverture à la mi-2014.
Photo : A. P.
Un petit répit pour les défunts, Les Nouvelles Calédoniennes, 6 mars 2014.

