Le 27 mars dernier, l’Union Calédonienne a inauguré une exposition qui retrace l’histoire fleuve peu tranquille de l’usine du Nord. Jusqu’au 24 mai, elle fera le tour des communes du Nord et se rendra notamment au Congrès et au Gouvernement.
Par Aude Perron
C’est une coïncidence. A quelques jours à peine de la première coulée technique chez Koniambo Nickel, une exposition a été inaugurée à quelques pas de là, au restaurant Katysa, à Voh. C’est une initiative de son propriétaire, Simone Chevalier, militante UC de toujours. « Chaque jour, je reçois dans mon établissement des travailleurs de Vavouto, des touristes, des gens de passage et je me suis rendu compte que beaucoup ne connaissent pas l’histoire de l’usine du Nord, explique la restauratrice. Ils pensent que l’usine s’est faite hier pour demain. Ce n’est pas le cas. Beaucoup de gens se sont mobilisés pour qu’elle puisse voir le jour. »
Forte de ce constat, elle a décidé de préparer l’exposition « L’origine de l’usine du Nord », en puisant dans les archives de l’Union Calédonienne et de la SMSP et a convié partis politiques, syndicats et KNS, entre autres invités. En tout, une quinzaine de photos – certaines déjà bien connues – sont présentées en ordre chronologique : celle d’André Dang et Jean-Marie Tjibaou, à l’ilôt Sainte-Marie, prise en 1989, deux mois avant l’assassinat de ce dernier à Ouvéa, ouvre le bal. La dernière est celle du site en 2011, que précède une vue aérienne de l’arrivée par bateau des premiers modules de l’usine, en septembre 2010. La projection du film « Un pari sur l’avenir » ainsi que des coupures de journaux (Les Nouvelles calédoniennes, L’Avenir calédonien), des communiqués et des tracts complètent la présentation. Radio Djiido a même organisé sur place une émission spéciale, avec interviews et archives sonores.
Sur les coupures de journaux, beaucoup de place a été accordée aux grèves, barrages routiers et autres marches politiques et syndicales qui ont ponctué l’actualité de 1997 et 1998, jusqu’à la signature de l’Accord de Bercy, en février. Nous sommes en pleine époque du fameux « préalable minier », rappelle Bernard Lepeu, ancien président de l’UC : « Il fallait trouver les moyens de notre indépendance et nous (le FLNKS, NDLR) avons demandé la mise à la disposition de la SMSP d’une ressource minière. On nous prenait pour des rigolos. Alors on a bloqué différents sites miniers. » « Nous n’étions pas entendus, abonde Simone Chevalier. C’est un épisode douloureux, frustrant. »
A l’aube de la première coulée de nickel, l’usine du Nord, évoquée pour la première fois par le Général De Gaulle en 1966, n’a plus rien de l’arlésienne. Elle serait même un exemple, selon le président de l’UC, Daniel Goa. « Nous n’avons pas eu peur de créer un modèle où la société qui apporte le capital n’est pas majoritaire. Il est plus juste car il permet une meilleure répartition de la richesse. On a gagné une paix retrouvée, cela change du modèle de décolonisation violente. C’est un exemple pour nos voisins mélanésiens et océaniens chez qui le partage est une valeur forte. Avec ce modèle, on évite de sortir par la grande porte de l’indépendance pour revenir par la fenêtre de la mendicité. »
Bien que houleuse et parfois douloureuse, l’histoire de l’usine du Nord en est finalement une belle, pour les différentes personnalités présentes au Katysa. « Et pour moi, cette usine s’appellera toujours « l’usine du Nord». C’est viscéral », conclut Simone Chevalier.
Photo : A. P.
Il était une fois l’usine, Les Nouvelles Calédoniennes, 5 avril 2013.

