Le ballon ovale attire

Cela fait un an, ce mois-ci, que le comité provincial Nord rugby a été créé. L’occasion de voir comment le ballon ovale se fait une place dans le royaume du foot.

Par Aude Perron

Sur le terrain d’honneur du stade Yoshida, huit enfants écoutent religieusement les consignes de leur entraineur, puis s’élancent, tête baissée dans le plaquage d’un gros boudin jaune. Leur coach, c’est Peggy Daniel-Luquin, conseillère rugby technique (CRT) pour le Nord. En juin, cela fera 2 ans qu’elle a pour mission de développer le rugby en province Nord. Quand elle posé ses valises sur le territoire, la discipline était inexistante dans la province, exception faite de la section de rugby de Poindimié omnisports Adiri Koko (aujourd’hui en sommeil). 

Mais aujourd’hui, la situation a quelque peu changé, comme en témoigne son dernier bilan pour l’année 2012. Tout d’abord, le nombre de licenciés est passé de 48 en 2011 à 77 en 2012. Fait à souligner, alors que les licenciés de 2011 provenaient de Koné, Pouembout et Népoui, on compte parmi ceux de 2012 des joueurs de Voh, Poindimié et Canala. Egalement, presque 700 enfants ont touché le ballon ovale l’an dernier, dans le cadre de l’USEP et de l’UNSS. Enfin, 1800 jeunes ont pu être initié à cette discipline lors d’événements, à caractère sportifs pour la plupart : JIC, journée handisports, etc. « Aller à la rencontre des jeunes dans les écoles ou dans des événements, c’est bien, mais s’il n’y a pas de clubs derrière, je ne peux pas rediriger les enfants », déplore cette titulaire du brevet d’état, ancienne karatéka. Il n’existe, en effet, que deux clubs en province Nord, à Népoui et Koné, ceux de Koumac et de Poindimié étant en sommeil aujourd’hui. 

Le manque de structures, d’encadrants et de bénévoles ne sont pas les seules difficultés auxquelles doit faire face la jeune femme. Sauf pour le stade Yoshida à Koné, les équipements, mal entretenus, sans éclairage ou clôture, laissent clairement à désirer. « Ce sont des champs de patates, résume-t-elle. A Népoui, les gamins ont de l’herbe jusqu’aux cuisses et ils courent nus pieds dans les sensitives et les tessons de bouteille ! Au niveau sécurité, c’est vraiment limite. » Et comme il n’y a plus d’éclairage, les pratiques ne peuvent pas dépasser 18h. Impossible alors d’accueillir des adultes qui souhaiteraient, eux aussi, pouvoir jouer. 

Cependant, il y a de l’espoir car du 30 mars au 13 avril prochain, une délégation de professionnels du Stade Toulousain sera en visite en Calédonie pour apporter soutien et savoir-faire à des clubs de rugby en ascension. Un crochet dans le Nord est prévu. « Les gamins n’ont pas de chaussures. Je n’ai même pas un jeu de maillots pour les rencontres sportives. J’aimerais que la délégation voit les conditions dans lesquelles on joue car je crois qu’elle a les moyens de faire bouger les choses, ne serait-ce que de nous donner 30 paires de chaussures.»

« Vu les circonstances, le bilan est assez positif, estime Peggy Daniel-Luquin. Mais je trouve que cela fonctionne un peu au petit bonheur la chance, selon si je rencontre ou  pas un passionné de rugby ou un papa prêt à filer un coup de main ou s’investir dans un club. Autrement, je suis seule. C’est difficile dans ce contexte de se développer et de perdurer. Chaque année, je repars de zéro.»

Photo : A. P.

Le ballon ovale attire, Les Nouvelles Calédoniennes, 2 avril 2013.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *