Jean-Emile Gombert, expert en matière d’illettrisme, était en Calédonie pour informer et former sur la façon de prévenir et de lutter contre un phénomène qui touche 18 % des Calédoniens.
Par Aude Perron
Il est invisible, mais c’est bel et bien un handicap. L’illettrisme, ou le fait d’avoir des difficultés à lire et/ou écrire malgré la scolarisation, touche 29 000 Calédoniens. C’est pour cela que Jean-Emile Gombert, expert français sur le sujet, était ici pendant une dizaine de jours à l’invitation de la Mission d’accompagnement à la scolarité en province Nord (Mascop). Entre les formations données aux instituteurs, les conférences grand public à Poindimié et à Nouméa, il a rencontré, dans le cadre d’un travail collaboratif avec le vice-rectorat et la Direction de l’enseignement de la Nouvelle-Calédonie (Denc), l’ensemble des professionnels et des acteurs concernés par les troubles de l’apprentissage.
« Des jeunes coupés du monde »
« Je suis là pour que les gens aient les bonnes informations sur le sujet. Par exemple, on met facilement en cause l’école pour expliquer d’où vient l’illettrisme. Mais c’est beaucoup plus nuancé que cela. Il y a des causes exogènes, comme l’absentéisme ou alors le manque d’outils pour exercer cette activité [lire et écrire, NDLR] en dehors de l’école », explique Jean-Emile Gombert.
Une chose est certaine, c’est que l’illettrisme constitue un handicap dans la vie de tous les jours qu’il est difficile d’imaginer. Rédiger un chèque, passer son code pour obtenir son permis de conduire, lire une indication : ces choses parfaitement banales sont des actions impossibles à accomplir. « Imaginez le problème d’image de soi chez ces gens, rappelle Jean-Emile Gombert. Quant aux jeunes, ils ne peuvent pas être sur les réseaux sociaux comme leurs amis. Ils ne participent à rien, ils sont coupés du monde. C’est une souffrance énorme. »
Quand on se compare…
Cette souffrance concerne donc 18 % de la population calédonienne. Que penser de ce nombre ? « C’est moins dramatique que dans les Dom-Tom, mais c’est plus du double de la Métropole [à 7 %, NDLR]. » (lire encadré) L’universitaire souligne qu’en Calédonie, la situation multilinguistique peut constituer un obstacle à la maîtrise de la lecture et de l’écriture en français « s’il n’y a pas eu une bonne structuration dans la langue maternelle ».
Quoi qu’il en soit, l’expert est convaincu que cette statistique va diminuer car, pour lui, toutes les compétences sont en place. Seul souci pour l’instant : le défaut de coordination de la communauté concernée par la question, déjà pointé par le Conseil économique, social et environnemental (Cese) dans un rapport publié en février dernier, qui invite la communauté à se structurer. « On a du mal à savoir ce que font les uns et les autres sur le sujet. Il y a un déficit de transparence et d’évaluation de l’efficacité des initiatives mises en place. Après, il reviendra aux illettrés de franchir le pas. Et que l’aide fournie soit discrète.
Majoritairement des hommes
La population des illettrés en Calédonie se compose majoritairement d’hommes (56 %), de résidents de la province Sud (65 %). Ils sont actifs dans 48 % des cas. Environ 45 % des illettrés ont une scolarité primaire, les autres ont arrêté l’école au niveau du secondaire.
Photo : Archives LNC
Illettrisme : 29 000 Calédoniens sont en souffrance, Les Nouvelles Calédoniennes, 23 novembre 2015.

