Hier, le collège de Koné s’est transformé en village scientifique à l’occasion de la Fête de la science qui se produit en Calédonie depuis maintenant 18 ans. Objectif : susciter des vocations.
Par Aude Perron
Cathleen, Valentine et Léa avaient l’enthousiasme contagieux hier. Derrière leur petit stand, les lycéennes de Pouembout présentaient leur expérience de culture in vitro aux visiteurs, scolaires et grand public, qui participaient à la Fête de la science. Dans des tubes à essai, elles ont réussi à faire pousser des haricots avec succès. En revanche, au vu des moisissures dans les tubes voisins, cultiver des espèces endémiques s’est révélé nettement plus difficile. Mais ce n’était rien pour démoraliser le trio : « Ce n’est pas facile de recréer un milieu stérile, explique Valentine. Mais on a réussi à faire pousser nos haricots, c’est très encourageant. »
Nous sommes au collège de Koné qui, l’espace d’une journée, s’est transformé en un village scientifique, dans le cadre de la Fête de la science, du 1 au 13 octobre. De nombreux partenaires étaient présents, notamment l’Ifremer, la Dimenc, le CIE, KNS et Tredodec. L’UNC a même eu l’occasion de jouer un rôle en amont, en apportant son appui à certaines équipes, comme celle de Valentine qui avait besoin de recréer les conditions d’un milieu stérile pour son expérience : « Durant l’année, nous accédons assez systématiquement aux demandes faites par les établissements scolaires, dit Soazig Lemouellec. Cela permet aux jeunes de se familiariser avec le monde de l’université et de la recherche. C’est un premier contact important, qui dédramatise le milieu et le faire paraître plus accessible. »
Presque 350 scientifiques en herbe, allant du primaire au collège jusqu’au lycée, de toute la province Nord, étaient présents pour présenter leur expérience. Et, entre l’influence de la lune sur les plantes, les dérivés de la coco et le cycle de l’eau, il y en avait pour tous les goûts. Mais une chose réunissait ces jeunes et ne manquait pas d’impressionner : leur enthousiasme et leur capacité à vulgariser leur expérience. Il en fallait, puisqu’un jury notait chacun des 44 stands et que le public était invité à voter pour son groupe préféré, dans les trois catégories d’âge : primaire, collège et lycée. Professeur à l’ALP de Koné, Catherine Chiara faisait justement partie du jury : « Je trouve que les expériences sont élaborées et structurées. Les élèves maîtrisent bien leur sujet. Il faut encourager cela. »
« Au delà du concours, on veut que nos jeunes prennent plaisir à faire de la science, qu’ils apprennent en s’amusant, soutient Camille Garnier, enseignante en physique-chimie au collège de Koné et une des responsables de l’organisation de la manifestation. On veut susciter la curiosité. »
Nul doute, l’objectif est en partie rempli et une journée comme celle-ci suscite peut-être même des vocations. En 5e au collège de Ouégoa, Ryan ne sait pas encore s’il fera de la science son gagne-pain plus tard. Pour l’instant, il se préoccupe plutôt d’expliquer, avec animation, comment produire de l’électricité sans polluer : « Pour cette expérience, on a appris à faire marcher un alternateur. J’aime bien la science. C’est manuel, on apprend beaucoup de choses. »
Trois questions à Nina Julié, présidente de Symbiose et professeur de S.V.T. au collège Mariotti
Quel est le rôle de Symbiose ?
Il s’agit de faire la promotion de la science, auprès du grand public, mais surtout auprès des scolaires. On veut donner à ces derniers le goût pour cette matière. En Calédonie, il y a beaucoup de débouchés dans les sciences. On pense à l’industrie minière, bien sûr, mais la Calédonie est un hotspot de biodiversité. Cela se traduit en toutes sortes d’emplois, du niveau bac au niveau ingénieur. La science, c’est porteur.
La science a-t-elle la cote ?
Chez les jeunes, la science a la réputation d’être une matière difficile, alors que cela peut être très amusant. Au niveau des enseignants, il faut encore se battre : on est limité en terme de moyens (pas que les autres matières soient forcément mieux loties que nous). Mettre sur pied des projets scientifiques coûte cher en matériel. Même chose pour les déplacements pour assister à des conférences ou faire des visites : cela coûte cher en transport. On aimerait que chaque année, chaque élève sorte une fois pour participer une activité scientifique, en Calédonie ou ailleurs, mais nous n’avons pas toujours les moyens pour cela.
Faire venir une délégation étrangère à la Fête de la Science est-il une façon de compenser pour cela ?
Oui, en quelque sorte. Du 7 au 13 octobre, nous recevrons 28 élèves de 6 pays différents (Australie, Japon, Corée du Sud, Nouvelle-Zélande, Vanuatu et Fidji). Ils seront jumelés à 18 lycéens calédoniens et participeront à la Fête de la Science à Nouméa et à différentes activités scientifiques. C’est l’occasion pour ces jeunes du Pacifique de prendre la mesure de problèmes contemporains, tel que le réchauffement climatique. Trouver des solutions, en se concertant, ce sera leur défi. Symbiose va envoyer aussi de jeunes Calédoniens aux Fêtes de la Science internationales d’Adélaïde, de Tokyo, ainsi qu’à une grande expédition d’inventaire de la biodiversité en Papouasie Nouvelle-Guinée.
Photo : A. P.
Ils étalent leur science, Les Nouvelles Calédoniennes, 3 octobre 2012.

