James Noël est en résidence d’écriture sur le Caillou jusqu’à la fin du mois de juillet. Petit séjour entre écriture, introspection, rencontres et enrichissement. Confidences.
Par Aude Perron
Quand James Noël entre dans une classe, les élèves crient son nom. Quand la cloche sonne, personne ne se lève : on veut finir de l’écouter ou avoir la chance de lui lire à voix haute ses propres rimes. Et puis, vite, vite, une interminable séance d’autographes s’improvise, juste avant la photo de groupe. Une star du rock ou du petit écran ? Non, un poète originaire d’Haïti. James Noël a été invité en Calédonie pour faire une résidence d’écriture. Et entre les moments d’introspection, les visites culturelles, les représentations, il va à la rencontre d’élèves de tous âges pour animer des ateliers de poésie.
Si ces derniers acceptent « l’invitation au voyage » que leur propose James Noël à travers l’écriture d’un texte sur un thème donné, le poète, lui, dit s’enrichir grandement de ce contact avec les jeunes : il se souvient tout particulièrement de Jules qu’il a rencontré à Kaala-Gomen et qui vient de se découvrir « une âme de poète ». Il se rappelle également du texte de maître Patrick, à Pouembout, qui a improvisé un poème avec comme contrainte les mots « soleil » et « manger ». « Je suis ici pour faire des rencontres et être à l’écoute des autres, confie James Noël. Toute cette expérience m’enrichit beaucoup. »
Il n’a que 32 ans et il est riche, James Noël. Riche de la chance qui lui sourit, depuis 2005. Cette année-là, il publie Poème à double tranchant/Seul le baiser pour muselière, son premier recueil, et dès lors, c’est le tourbillon. Il gagne des prix littéraires, est invité en résidence d’écriture, dans les festivals littéraires et les salons du livre, ici, à Paris, à Québec. « Tout ça me dépasse. Je connais des poètes plus talentueux que moi et qui n’ont pas cette chance », dit-il. Surtout qu’il se dit timide et trop jeune pour tout ce succès. « Un poète, c’est comme le vin. Il faut qu’il vieillisse pour qu’on reconnaisse ses qualités. »
Pourtant, il a écrit son premier poème à l’âge de 13 ans, pour jouer un tour à son frère. Puis il se prend à son propre jeu et tombe doucement amoureux de cet art littéraire. Grâce aux encouragements de sa mère institutrice et, en quelque sorte, grâce à l’absence de son père – « du coup, il n’y a pas eu de censure » –, il écrit et lit les grands poètes. « Il faut se frotter aux autres pour grandir. Sinon, on reste naïf », explique-t-il. À force d’écriture, ses thèmes de prédilection se dessinent peu à peu : l’amour, la mort, la violence, aussi. « J’ai une violence en moi qui me travaille, confesse-t-il. La poésie la canalise. C’est un garde-fou. »
Qui pourrait le croire quand on l’entend dire à des élèves : « Cette nuit, j’ai bien dormi parce que j’ai été bercé par vos poèmes » ou lorsqu’il lit Liberté de Paul Éluard ? « On est multiple. Ma poésie, c’est moi et en même, c’est étranger. » Cette distance, elle existe aussi quand il parle d’Haïti, la terre qu’il l’a vu naître, et qui se remet à peine du tremblement de terre de janvier dernier. « Haïti, il faut la vivre avec détachement. C’est une grande leçon de vie. Mais c’est là où j’ai rencontré ma femme avec laquelle je viens d’avoir une petite fille. Alors Haïti, c’est mon grand amour. »
Photo : A. P.
James Noël : as de la rime, Les Nouvelles Calédoniennes, 20 juillet 2010.

