Prix qui ne bougent pas, problèmes d’écoulement et démotivation des producteurs : pas facile de vivre de la banane. Et les solutions ne sont pas légion.
Par Aude Perron
« Du fait de l’éloignement, les cultivateurs ont de grandes difficultés à écouler leur production, explique Cyril Talotta, chef de projet à l’OGAF (l’Opération Groupée d’Aménagement Foncier) de Pouébo. Alors ils se mettent à produire moins. Et les colporteurs se déplacent moins chercher leurs bananes. C’est un cercle vicieux. »
A Pouébo, la banane a perdu un peu de son sourire. La commune abrite pourtant un des greniers de cette culture. Selon l’inventaire 2010 du verger calédonien publié par la Davar, elle regroupe 18 % des producteurs de bananes dessert et 22 % des producteurs de poingo (à noter que ce sont de petits producteurs : ils ne comptent que 2 % des pieds de bananes dessert du territoire et 18 % des pieds de poingo). « À Pouébo, nous avons l’avantage de pouvoir faire de la banane toute l’année. Il n’y a pas de saisonnalité comme c’est le cas plus au sud », explique Cyril Talotta.
Le climat idéal, donc, mais pas pour la situation géographique car le marché, c’est celui de Nouméa, à plus de cinq heures de route. Il faut donc passer par les colporteurs. Or, il n’en existe que deux sur Pouébo qui ont un circuit dit « familial » : « Ils passent chez la famille et les amis, mais pas partout. Et ils ne transportent pas que de la banane, de toutes les façons. » Quant aux quatre colporteurs de Ouégoa, ils ne sont pas tenus de passer sur Pouébo. Et si la commune produit moins, le déplacement vaut moins le coup. « Et nos producteurs perdent leurs régimes », déplore Cyril Talotta.
Alors que faire pour contourner ce problème qui ne date pas d’hier ? A Pouébo, deux nouveaux colporteurs devraient s’ajouter à ceux existants, un d’ici la fin de l’année et un autre dans la foulée, espère-t-on. Ils transporteront de la banane, mais d’autres productions : « Nous allons aussi mettre en place un centre de stockage pour récupérer toutes les productions de la commune. Cela va permettre aux cultivateurs de Diahoué et des autres tribus plus au sud d’écouler leurs produits. » Le temps presse un peu car l’OGAF de Pouébo arrive à son terme. Créé en décembre 2009 et ayant un mandat de quatre ans, il ne lui reste plus que quelques mois pour accompagner les porteurs de projets.
Restera un dernière bataille, celle du prix d’achat de la banane : environ 80 francs le kilo pour la dessert et entre 120 et 180 francs pour la poingo. « Ce prix n’a pas bougé depuis les dernières années. Les producteurs sont démotivés. »
Encadré : quid du Bunchy Top ?
La lutte contre le Bunchy Top vient de changer et Arbofruits a cessé ses prospections chez les producteurs qui doivent désormais prendre le relai. Par chance, Pouébo n’a jusqu’alors connu qu’un seul cas. « La maladie n’est pas installée sur la commune, confirme Miriame Tanematea, technicienne Arbofruits sur Pouébo et Hienghène. Mais nous avons beaucoup de petits producteurs et leurs champs ne sont pas forcément bien nettoyés. Et il y a beaucoup d’endroits où l’on trouve des pieds de bananiers que personne ne surveille. »
Photo : A. P.
La banane sourit jaune, Les Nouvelles Calédoniennes, 25 mars 2013.

