Sur la voix de la réussite

Jeudi, a été inauguré le dispositif classe à horaires aménagés musique (CHAM). Un projet qui s’inscrit dans la continuité et donnera aux élèves de cette option une formation d’au moins quatre ans en chant choral. 

Par Aude Perron

Si l’on se fie à l’expression sur le visage de Franck Paulin, il y a gros de boulot. L’intervenant du conservatoire, aidé de Vincent Djamali, son acolyte au piano, dirige ses élèves qui pratiquent la première d’une probable longue série de chansons : Clarisse au pays du swing, une fable de Lafontaine revisitée en jazz. Pour l’instant, cela n’est franchement pas au point. Mais il y a fort à parier qu’en juillet ou août, ces mêmes enfants seront prêts pour leur toute première représentation au conservatoire, devant parents et amis. 

Car ces élèves sont vernis : ils sont dans une CHAM, une classe à horaires aménagés musique, à dominante vocale, fruit d’un partenariat entre le Conservatoire de musique et de danse de Nouvelle-Calédonie (CMDNC), le vice-rectorat de la Nouvelle-Calédonie, la Direction de l’enseignement de la Nouvelle-Calédonie (DENC) et la Province Nord. Cette classe de 6e du collège de Koné se distingue des six autres classes du même niveau : cinq heures de chant par semaine (données au collège et au conservatoire) ont été aménagées dans leur emploi du temps. Ces 23 élèves ne sont pas seuls : les 19 CM1-CM2 de l’école Les Allamandas font également partie du dispositif avec deux heures hebdomadaires de chant. Si les pratiques sont séparées, environ sept rencontres entre les deux classes CHAM sont prévues. A cela s’ajoute deux spectacles et certainement des sorties, des concerts… 

« L’objectif est de proposer une enfance musicale aux enfants et qu’ils développent un esprit structuré et en même temps, une sensibilité, explique Jean-Pierre Cabée, directeur du Conservatoire. Mais il n’y a pas que la musique dans ce projet. On y fait de la sociologie. On apprend à travailler en équipe, à vivre et à construire ensemble. Dans cette corbeille qu’est le destin commun, on apporte avec cette CHAM la mise en pratique immédiate du vivre-ensemble. » Ce n’est pas Gilles Coignus, inspecteur de l’enseignement primaire (IEP 5) à la Denc, qui va le contredire. « La CHAM permet de travailler sur le fameux socle commun de connaissances et de compétences clés (NDLR : ce que tout élève doit savoir et maîtriser à la fin de la scolarité obligatoire) qui sont nécessaires pour s’insérer dans la société. Sur les sept piliers, je pense plus particulièrement à la culture humaniste, mais aussi aux compétences sociales. »

A l’occasion de l’inauguration, les chanteurs en herbe étaient réunis pour la première fois devant tous les partenaires du dispositif, qui existe déjà dans le sud, à l’école Amélie Cosnier de Nouville (tous les élèves de cycle 3) depuis 2012 et au collège Georges Baudoux (6e à la 3e) depuis 2010. (Une classe de 1ere CHAM est prévue au lycée Lapérouse, dès 2014) « Nous ne sommes pas dans l’évènementiel, insiste Véronique Lehoullier, déléguée académique à l’action culturelle, au Vice-Rectorat. C’est un partenariat fort et pérenne qui s’est mis en place avec les institutions. Les CHAM sont une manifestation d’une vraie politique éducative car il y a un enjeu sociétal très fort. » 

Légende : En tout, ce sont 42 élèves de CM1, CM2 et 6e à Koné qui profitent de ce nouveau dispositif dans le Nord, qui sera offert jusqu’en 3e. 

Trois questions à Eric Davias, principal du collège de Koné 

Comment a été constituée cette classe de 6ème ?

En décembre dernier, une commission de représentants du Conservatoire et du vice-rectorat a fait le tour des classes de CM2 des différentes écoles de VKP pour faire passer des auditions. Les candidats devaient chanter une chanson de leur choix, faire reconnaître leur timbre de voix. L’idée était de voir leurs capacités et leur motivation à faire partie de cette future classe de 6e. En tout, 23 candidats ont été retenus.

Les résultats scolaires faisaient-ils partie des critères de sélection ?

Non. Nous avons dans cette classe des élèves en difficulté scolaire. Et comme ils font cinq heures de chant par semaine, il n’y a plus la place dans leur emploi du temps pour de l’aide individualisée. Mais quand il y a une alchimie dans le groupe, les élèves plus faibles sont tirés par le haut. Nous faisons le pari que ces élèves vont davantage tirer des heures de la CHAM plutôt que des heures d’aide individualisée. Sur nos sept classes de 6e, nous en avons trois avec option : foot, paîci et maintenant, chant.  Je crois que l’enseignement périphérique  doit être mis au profit des autres disciplines. Je passe un contrat avec les professeurs des heures à option : si l’élève n’obtient pas de bons résultats dans les autres disciplines, il est privé des heures de son option. Ca motive.

Pourquoi avez-vous voulu que cette CHAM se fasse dans votre collège ?

Un établissement scolaire a besoin d’une identité et cette identité passe par des projets phare, comme cette CHAM. Nous avons aussi ouvert cette année une  4e Australie grâce à un appariement avec un collège de Melbourne. Je pense que cela va nous aider car notre collège n’a pas d’image. Nous avons plusieurs options, mais cela ne transpire pas assez. Un nouveau collège va bientôt être construit à Koné : si l’on ne veut pas lui perdre tous nos bons élèves, il faut pouvoir retenir ces derniers et en attirer de nouveaux.

Photo : A. P.

Sur la voix de la réussite, Les Nouvelles Calédoniennes, 26 mars 2013

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