Joseph Pada : « Nous voulons un développement qui nous ressemble »

A quelque cinq heures trente de route de Nouméa, Pouébo est un des villages les plus isolés du Caillou. Aux prises avec l’absence d’initiative privée et du foncier difficilement disponible, la commune tente de prendre le train du développement. Entretien avec le maire, Joseph Pada.

Par Aude Perron

Comment voyez-vous le développement économique sur Pouébo ?

Nous avons toujours eu des outils de développement sur la commune. A l’époque, il s’agissait de coopératives pour mettre en valeur nos produits agricoles : café, coprah, trocas, etc. Ensuite, nous avons créé des GIE, mais qui, eux aussi, ont leurs limites et n’ont pas généré le dynamisme espéré. Il faut toujours moderniser les outils que nous mettons à la disposition de nos administrés. C’est pourquoi aujourd’hui, nous avons le projet d’une société d’économie mixte locale (Seml) qui s’inscrit dans la logique des outils précédents : celle d’un développement qui concilie économie et l’intérêt du groupe, qui est une valeur très forte chez nous. 

Où en est cette Seml ?

Cette Seml est en cours de constitution et va compenser le déficit d’initiative privée. Nous allons la lancer avec un capital de 25 millions de francs : 80 % commune et 20 % actionnariat local, GDPL, etc.

Quels seront ces projets ?

Elle va s’occuper de tourisme, d’agriculture et de pêche. Nos cultivateurs et pêcheurs rencontrent beaucoup de difficultés à écouler leurs produits. Cela s’explique par l’isolement, mais également parce que ce que nous produisons n’est pas bien valorisé ni commercialisé. Ce n’est pas un problème propre à Pouébo seulement. Je trouve que notre politique agricole territoriale est insuffisante et parfois incohérente. Regardez : avant, nous produisions du café et aujourd’hui, nous buvons du Nescafé ! Je suis allé à Fidji et au Vanuatu et je peux vous dire que là-bas, les produits agricoles sont mieux mis en valeur. 

Qu’avez-vous prévu pour les pêcheurs ?

Nous allons aussi aider la dizaine de pêcheurs professionnels que compte la commune, en construisant trois mises à l’eau : Balade, Saint-Mathieu et Diahoué. Ces équipements sont indispensables pour dynamiser l’activité pêche lagonaire. Malheureusement, les opérations sont bloquées pour le moment en raison de problèmes fonciers.

Le foncier semble être un gros souci sur Pouébo. Pourquoi ?

La commune ne dispose d’aucun foncier. Ce sont des terres privées ou coutumières. Du coup, le foncier n’est pas accessible rapidement et facilement. Il faut forcément associer les gens pour installer le moindre équipement public sur leurs terres. C’est normal et c’est pareil partout. Mais si les coutumiers s’opposent à un projet pour faire valoir la primauté de leurs droits, alors tout est suspendu. Malgré nos appels à dons, nous n’avons pas de GDPL qui mettent à disposition leur foncier pour que la commune le mette en valeur, comme cela peut se voir dans d’autres communes.

Dans ces conditions, comment accueillir des enseignants, des travailleurs ou des touristes ?

Pour les personnes qui arrivent ici, il n’y a pas de possibilité d’accès à la propriété et il n’y a pas de logements disponibles. Les besoins sont pressants pour accueillir les enseignants et les touristes. Avec la Seml, on espère qu’on pourra faire construire des logements locatifs. Nous avons également des projets d’accueil chez l’habitant et un camping. Ce sont de petites structures gérables. Il faut éviter les grosses structures, avec un gestionnaire qu’on doit aller chercher en Métropole, qui finiront par être un gouffre de fonds publics. Nous voulons un développement qui soit durable et qui nous ressemble.

Encadré : D’autres projets en cours

  • La commune vient tout juste de mettre à jour son schéma d’adduction en eau potable « pour fournir une eau de qualité à tous ses administrés. » Il est désormais cartographié et informatisé, ce qui permettra d’intervenir plus rapidement et efficacement et, conséquemment, devrait coûter moins cher en maintenance. Vieux de 30 ans, il a également besoin d’une opération de toilettage et d’être étendu : un plan quinquennal d’investissement de quelque 675 millions de francs, soit trois fois le contrat de développement 2011-2015 entre la commune et l’État.
  • Par ailleurs, des ouvertures de routes de un km chacune sont prévues à Colnett et Diahoué pour désenclaver les zones et permettre aux administrés de construire plus en hauteur, à l’abri d’un raz-de-marée. Le coût de ces travaux ne dépassera pas la limite de crédit accordée par la Province, soit 30 millions pour les deux tronçons.
  • La troisième tranche d’un vaste programme de goudronnage de voierie (80,6 millions) doit être lancé en juin. 
  • En mai, les travaux pour un nouveau plateau sportif (27 millions) démarreront.
  • Début avril, ce sont les travaux pour le local socio-éducatif de Yambé (études du soir, dispositif Rapi, activités en tribu) qui débuteront (35 millions).
  • Un centre de secours est également dans les cartons.

Photo : A. P.

« Nous voulons un développement qui nous ressemble », Les Nouvelles Calédoniennes, 23 mars 2013.

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