La forêt enchantée

Nicole et Alcide Leroy ont récemment ouvert leur propriété aux visiteurs. Deux ballades remplies de charme dans la végétation, agrémentées par un accueil tout en chaleur et simplicité.

Par Aude Perron

Il est de ces lieux en Calédonie où la nature a décidé de faire un peu de fantaisie. Comme ça, sans complexe et surtout, sans se justifier au visiteur. Le site de randonnée de Nicole et Alcide Leroy est un peu à cette image. Enigmatique par endroits, enchanteur autrement, il invite à la contemplation. Nous sommes à 20 kilomètres au nord de Koumac en direction de Ouégoa, un peu après le sentier des Roches Notre-Dame. Depuis peu, le couple Leroy accueille les visiteurs sur sa propriété. « Nous avons un site assez exceptionnel. Cela fait un petit moment que nous voulions le mettre en valeur. Il y a deux ans et demie, nous nous sommes vraiment lancés », explique Alcide Leroy. 

Se lancer, c’était notamment tracer et aménager dans ce site de presque 400 hectares (dont une partie est louée au Territoire) deux sentiers de randonnée et les faire déboucher sur un camping. Pour rallier le point de départ de ces randonnées, nous sautons avec nos hôtes dans un 4*4 et empruntons une route qui semble sans grand intérêt, jusqu’à ce qu’Alcide précise : « C’est l’ancienne route Montagnat. Elle a servi à récupérer des niaoulis pour faire des poteaux utilisés dans les tunnels de la Thiébaghi, du temps où l’on y exploitait du chrome. » Une époque dont l’homme de 58 ans se rappelle puisqu’il y a travaillé, dans les années 80, comme boutefeu. 

Nous sommes en pleine savane de niaoulis. Au bruit du véhicule, les cerfs, de sortie, bondissent en dehors du chemin et tentent de se fondre sans la végétation, sans nous quitter des yeux. Nous arrivons à une intersection où de petits cochons sauvages, presque apprivoisés, s’agitent dans l’espoir d’être nourris. C’est là que commence la petite randonnée, d’environ quatre kilomètres. Après encore un moment sur la route Montagnat, le randonneur pique à l’intérieur des niaoulis, sur la droite, et poursuit un petit sentier, en compagnie de Nicole. Elle attire votre attention sur les nombreuses variétés d’arbres, de plantes et de lianes qui se trouvent sur le chemin et sur la propriété : « Ici, on a de la forêt sèche et de la forêt humide. Le visiteur va voir des tamanous, du faux santal, des banians, des pandanus, des orchidées, des palétuviers de rivière… » Alouette !

Avant l’arrivée au camping, Nicole propose un crochet qui vaut à lui seul le déplacement : en pleine forêt, un labyrinthe de gros cailloux, formation qui rappelle les roches de Notre-Dame et les grottes de Koumac. Leur arrêtes sont si tranchantes qu’on jurerait qu’elles ont percé la croûte terrestre pour surgir du sol. Certains rochers forment des alcôves aux courbes parfaites où adoreront se cacher des enfants, d’autres des balcons surplombant cet énigmatique dédale de cailloux. Les banians ont trouvé en ces derniers un hôte de choix et poussent dessus sans vergogne, les entourant amoureusement de leurs racines. « Ici, les gens s’assoient et ne veulent plus bouger. C’est l’extase ! », lance Nicole, en riant. Nous suivons un creek qui se faufile entre les roches et où s’ébattent d’énormes crevettes de cascade. A mesure que nous avançons, les cailloux, alors gris foncé, changent de teinte et deviennent blancs comme neige. « Et ce n’est pas moi qui me suis amusée à les passer à la Javel ! », ajoute Nicole, à la blague. 

La deuxième randonnée, environ deux fois plus longue, prend son départ à la vallée des palmiers, un autre endroit qui a émergé sans explication. Le long d’un creek, sur environ 300 mètres, pousse une petite forêt de palmiers endémiques à la Calédonie : des Apalas, qui comptent bien dix mètres de hauteur. En dessous de leur feuillage, leurs fruits pendent en longues grappes qui, séchées, font irrésistiblement penser à des dread locks ! Sur leur tronc, de discrètes et délicates orchidées ont élu domicile. La randonnée se poursuit en suivant le creek où, sous des nappes de cressons, l’on aperçoit des carpes et des anguilles. 

Dans le creux d’un arbre, Nicole nous fait remarquer la présence d’une ruche sauvage. C’est là qu’on apprend que cette Calédonienne fait son miel depuis maintenant 13 ans. « J’ai 134 ruches un peu partout sur la propriété. Mes abeilles butinent surtout les niaoulis. Comme il n’y a pas de culture à 10 km à la ronde, je sais qu’elles ne prennent pas de pesticides. » L’an dernier, Nicole a produit plus de trois tonnes de miel, que l’on retrouve au Gapce à Poindimié, au marché de gros de Nouméa et dans quelques commerces de Koné et de la capitale. Mais elle n’arrive pas à fournir à la demande et compte se refaire des essaims sous peu.

Vers la moitié du parcours environ, le creek tombe dans la Néhoué. Il faut alors  remonter la rivière, sans oublier de se faire plaisir dans les trous d’eau limpide et sur les petites langues de sable. Vous touchez au but quand le vent charrie une odeur de grillades en provenance du camping, vaste plateau ombragé qui surplombe la Néhoué et une petite plage. Quatre grandes tables à pique-nique, autant de barbecues, du bois, l’eau courante, sans oublier votre matériel de camping qu’Alcide a amené en pick-up. D’ailleurs, ce dernier est en poste, en train de faire griller des côtes de porcs marinées. A peine quelques minutes plus tard, nous passons à table. Seul un pigeon vert brise un silence parfait. Si c’est déjà le bonheur, bientôt devraient s’ajouter des toilettes, des douches et quatre bungalows, pour plus de confort. Des travaux sont également prévus sur la maison des Leroy pour faire table d’hôte, même en hiver.

« Notre propriété est trop vallonnée pour faire du bétail, alors on fait du miel et des randonnées, s’amuse à dire Alcide. Ca tombe bien, on aime accueillir et échanger. » Pour nous aussi, ça tombe bien.

Côté pratique : 

Deux randonnées guidées : 2500 CFP (par pers.)

Deux randonnées guidées + le repas du midi au camping : 3750 CFP (par pers.)

Camping : 1050 CFP (par tente et par nuit)

Enfant de moins de 12 ans : demi-tarif.

Téléphone : 47.90.48

Photos : A. P.

La forêt enchantée, Magazine Local, octobre 2013

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