La dépression tropicale Freda continuera de faire parler d’elle encore un certain temps dans la commune. Trois tribus manquent d’eau depuis une semaine et ne sont pas au bout de leur peine.
Par Aude Perron
« C’est vraiment la galère, lance, découragée, Eugénie (*). Si tu vas à la tribu, tu verras, tout le monde ne parle que de l’eau. » Depuis Freda, la résidente de Tiaoué a l’impression d’avoir fait un bond arrière dans le temps : sans eau courante, elle lave sa vaisselle dans une bassine, descend à la rivière pour laver son linge et s’y baigner. « Et encore, j’ai de la chance car ceux qui habitent au bord de la rivière ont été inondés. La boue est collée partout dans leur maison, sur les murs, les matelas. Ca pue. Et ils ne peuvent pas nettoyer car ils n’ont pas d’eau. »
Et c’est là tout le paradoxe de la situation. Freda a généré des crues impressionnantes dans les creeks et les rivières de la commune pendant son passage, et, en même temps, laissé la tribu de Tiaoué, mais aussi celles de Noelly et Poindah sans eau potable. En cause ? Le captage de Grambaou qui a subi d’importants dégâts et notamment, le déboîtement d’une conduite.
Depuis ce week-end, cependant, l’accès au captage est dégagé. Mais pour réparer la panne, reste encore à la localiser : « Elle se trouve quelque part sur un tronçon d’une dizaine de mètres, lui-même enseveli sous un mètre et demie de terre », explique Robert Moto, 5e adjoint à la mairie de Koné et en charge de la cellule de crise mise en place au lendemain du passage de Freda. Un casse-tête !
Hier, enfin, les engins ont pu monter pour commencer les travaux : trouver la conduite déboitée et refaire le chemin de la conduite, raviné par les fortes pluies. Mais les quelque 600 résidents des trois tribus devront prendre leur mal en patience. La mairie estime que Noelly, Poindah et Tiaoué verront les robinets couler dans une, deux et trois semaines, respectivement. En attendant, c’est un camion citerne du centre de secours qui ravitaille les tribus en eau. Et du renfort arrive : hier, Noelly et Poindah ont obtenu une cuve de, respectivement, 1000 litres et 2000 litres d’eau potable. Aujourd’hui, Tiaoué, la plus populeuse des trois tribus, doit récupérer une cuve de 3000 litres. « Et nous comptons continuer de passer tous les jours pour voir si c’est suffisant », assure Robert Moto.
« Ici, pour l’instant, l’eau n’est pas un gros souci, témoigne Jean-Luc, résident à Poindah. En tribu, on est habitué aux grosses pluies et aux dégâts. On est toujours préparé. Et la mairie vient de nous apporter de l’eau. Il faut juste l’utiliser convenablement, que cela ne dégénère pas en conflit d’usage. » A Tiaoué, on n’en est pas là non plus, mais la situation semble plus tendue. « Hier, je n’ai pas pu travailler car j’avais trop de nettoyage et de lavage à faire, dit Eugénie. Je suis fatiguée. Sans eau, on n’est vraiment pas bien. »
(*) Nom d’emprunt
Photo : A. P.
La galère continue, Les Nouvelles Calédoniennes, 9 janvier 2013.

