Paradoxal et pourtant : l’abonnement est désormais gratuit à la bibliothèque Bernheim, en dépit de la situation financière de l’établissement culturel. Réactions chez quelques usagers.
Aude Perron
C’est une habitude prise chez Joseph. Environ deux à trois fois par semaine, le jeune homme originaire d’Ouvéa vient à la bibliothèque Bernheim pour lire des bandes dessinées policières. « Mais je n’emprunte pas les livres car je ne suis pas abonné », précise-il en feuilletant son album, confortablement installé devant les bacs, dos à la fenêtre. Les choses pourraient cependant changer.
Simplifier l’adhésion
Car depuis une semaine l’adhésion à la bibliothèque est désormais gratuite pour tout le monde. « Je ne le savais pas, s’étonne le trentenaire. Ça pourrait m’intéresser de m’inscrire maintenant. » Fini donc les frais annuels de 3 500 francs (ou les tarifs réduits). « J’ai toujours défendu la gratuité. Une bibliothèque est un service citoyen. Il ne doit pas y avoir de différenciation entre les usagers, surtout pas par l’argent. C’est une barrière que nous voulions faire tomber », confie Christophe Augias, directeur de l’établissement territorial. « C’est paradoxal car cela se fait à un moment où nous sommes en difficulté financière », ajoute-t-il dans la foulée, en précisant que le manque à gagner de 3,5 millions sera comblé avec l’apport de la ville (15 millions) pour le financement de Bernheim.
La nouvelle devrait donc en réjouir plus d’un (sauf ceux qui viennent juste de prendre leur abonnement !) et attirer de nouveaux adhérents qui, pour l’instant, sont au nombre de 4 500 (dont 3 200 actifs). « La gratuité va simplifier les inscriptions. Nous irons plus facilement vers les gens (et les collectivités, NDLR) car il n’y a plus de frais », poursuit Christophe Augias. La simplification passera aussi notamment par une photo d’identité électronique ou par la carte familiale pour les ménages (au lieu d’une carte nominative pour chaque membre). Seule chose qui demeure : la sanction des retards et des dégradations.
Assise à une table, Christiane, 48 ans, nouméenne métissée, lit studieusement un manuel sur la natation. Elle non plus n’était pas au courant de la nouveauté, annoncée plutôt discrètement. « Je viens pour lire. Je ne suis plus abonnée à Bernheim depuis longtemps car c’est mieux dans les médiathèques : c’est gratuit et quand tu rends tes livres en retard, c’est moins cher qu’ici. »
Pour Christophe, dont le cabas semble rempli de CD-Rom, la situation ne change en rien. « Payant ou pas, toute la famille est abonnée. Ma femme et les enfants viennent surtout pour les livres et moi, pour la CDthèque. Je viens tous les dix jours. » Arrivé sur le territoire il y a plus de trois ans, le résident de Motor Pool apprécie particulièrement l’équipement, surtout quand il le compare à ce qu’il trouve dans des villes moyennes. « Franchement, c’est très bien ici. »
Quatre cartes d’abonnement
Carte standard : prêt de 4 livres, 5 documents sonores, 2 revues, accès Internet et consultation de CD-Rom
Carte famille : mêmes droits que la carte standard pour autant de personnes inscrites sur la carte, avec un référent adulte.
Carte collectivités : destinée aux classes, crèches, bibliothèques municipales, hôpitaux, prison, associations jeunesse ou centres de vacances ; elle donne droit à 30 livres.
Carte autres collectivités : mêmes droits que la carte collectivités, mais destinée aux services, directions et établissements publics.
Photo : Julien Cinier
La gratuité est arrivée discrètement à Bernheim, Les Nouvelles Calédoniennes, 11 mars 2016.

