Samedi après-midi, à l’invitation de l’Alliance Champlain, pas loin d’une centaine de francophiles et d’amateurs de l’orthographe ont planché sur la dictée d’un texte de Jean Mariotti.
Par Aude Perron
Les dictées ne sont pas réputées pour attirer un auditoire particulièrement jeune et fougueux. Et pourtant, la dictée du Pacifique qui s’est déroulée samedi après-midi dans le hall d’honneur de la mairie, a su enflammer la foule. Protestations, contestations, joutes verbales : les aficionados d’une discipline aussi rigide que l’orthographe ont surpris les uns, amusé les autres, par leur manque de discipline. Et le tout pour un exercice sans autre enjeu que le plaisir, en cette après-midi pluvieuse.
Tout semblait pourtant bien parti. Pas loin d’une centaine de personnes ont répondu à l’appel de l’Alliance Champlain qui a proposé un texte des plus abordables, tiré de La conquête du séjour paisible, écrit par Jean Mariotti en 1952. Un très beau texte sur la rencontre entre un immense faux-tamanou déraciné par un cyclone et M’Pé, une roussette.
Pas de pièges
Pas de composition inventée pour l’occasion, où l’on se rappelle trop tard que marron reste tel quel au pluriel, tentacule est masculin, saint-nectaire s’écrit sans majuscule, et moult autres réjouissances dont les accords, mots composés et participes passés ont le redoutable secret. « Nous ne voulions pas d’un événement élitiste ; c’est une dictée pour tous », rassure Daniel Miroux, de l’Alliance Champlain.
Le faux-tamanou
A 14 heures, la salle est dans les starting-blocks, prête à en découdre, tout comme les auditeurs de NC 1ère, qui retransmettait l’événement sur ses ondes. Puis, pendant plus d’une demi-heure, se succéderont plusieurs manifestations et apartés de mécontentement : lecture trop rapide, prononciation soi-disant pas claire, texte trop long, etc. ; «Non point brisé ? Ça veut dire quoi cette phrase ? », chuchote un participant à son voisin. « Vous dites recherchait ou recherché ? Il y a une différence ! », s’impatiente un autre. Mais le tout culmine au moment de la correction, lorsque l’assistance apprend avec stupeur que Jean Mariotti a mis un trait d’union à faux-tamanou. Contestation en règle pour ce vol qualifié. Une professeure de français défie alors l’orthographe d’un passé simple : « Je crois que “fut” aurait dû s’écrire “fus”. Le verbe doit être conjugué à la première personne ».
Tout le monde parle, plus personne n’entend. Le brouhaha est tel que le directeur de la radio de NC 1ère se résout à emprunter le micro de la correctrice pour s’adresser sans ménagement à l’assistance : « Vous êtes pire que des élèves de CP ! Vous parlez tous en même temps, vous n’avez pas de respect pour les auditeurs en Brousse qui essaient de suivre les corrections ».
Un petit rappel salutaire pour les organisateurs, un peu débordés par cette assistance passionnée, qui a fini par s’apaiser. Et qui réalise d’un coup qu’elle a finalement passé un bon moment. « Ça n’a pas été triste ! confiera Daniel Miroux, avec un sourire amusé, alors que les derniers participants quittent la salle. Mais c’est toujours un peu comme ça. » Alors ? Qui a dit que le français était ennuyeux ?
Les gagnants :
1er prix : Julie Marzeaud ;
2e prix : Hubert Marzeaud ;
3e prix : Gilbert Gorgeon
Photo : Thierry Perron
Une dictée qui enflamme les amoureux du français, Les Nouvelles Calédoniennes, 14 mars 2016.

