Ce matin, l’assemblée de la province Sud vote la création d’un nouveau service public : la tenue commune. À la rentrée 2017, tous les élèves des écoles publiques devraient être rassemblés par leur nouveau polo.
Par Aude Perron
C’est une petite révolution qui se dessine, en province Sud, à l’horizon de la rentrée scolaire 2017. Dans moins de dix mois, les 20 600 élèves des 96 écoles publiques du primaire (maternelles et élémentaires) se présenteront en classe désormais revêtus d’un polo rouge, bleu ou vert, marqué du nom de leur école et de leur commune.
Ce matin, en assemblée, les élus sont appelés à examiner une délibération visant la création du service public de la tenue commune de la province Sud. Une formalité, a priori, qui devrait déboucher sur la passation à un délégataire choisi sur appel d’offres pour cinq ans d’un marché de quelque 100 000 polos (et de réassort en cours d’année, selon les besoins). Objectif : retourner devant l’assemblée, au plus tard en septembre, pour que la commande puisse être lancée.
L’an dernier, la collectivité avait lancé une large consultation auprès des parents, des personnels enseignants, des APE et des communes pour connaître leur sentiment sur la tenue commune. Côté parents, on a voté pour à 83 %. Chez les enseignants : le oui l’emporte avec 79 %. « Les résultats sont éloquents, résume Philippe Michel, président de la province Sud. Compte tenu de cette adhésion, on y va. »
Tenue commune, couleur au choix
Et combien devront débourser les familles pour cette tenue commune ? 6 000 francs pour cinq polos et une veste polaire. Pour les 6 900 élèves boursiers, la Maison Bleue s’engage à financer la moitié de ce montant, soit un coût d’un peu plus de 20 millions de francs pour la collectivité.Si le kit est le même pour tous, chaque commune a le choix entre quatre couleurs : Nouméa sera en bleu clair, pour faire suite à la tenue commune testée dans cinq écoles pilotes de la capitale (lire ci-contre). Le Mont-Dore s’est positionné sur du rouge, les élèves de Païta seront en bleu foncé et enfin, leurs camarades de Dumbéa en vert. Quant aux autres communes hors agglomération, elles ont le choix entre ces quatre couleurs.
Et dans le Nord ?
En province Nord, le débat sur la tenue commune n’est pas d’actualité, « mais maintenant que la province Sud passe à la tenue, peut-être que la réflexion va débuter, suppose Nadeige Faivre, 3e vice-présidente, chargée du secteur de l’enseignement. Une chose est certaine, c’est que cette volonté doit venir des parents. Nous n’allons rien imposer et nous prendrons la décision en concertation avec eux, les instances scolaires et les coutumiers. »
Au bureau de l’Union des groupements de parents d’élèves (UGPE), qui réunissait une quinzaine de membres ce mardi midi, les avis sont partagés. « Nous sommes conscients que pour beaucoup de parents, c’est pratique et ça aide à lutter contre la vie chère surtout avec la prise en charge à 50 % pour les boursiers, concède Jean-France Toutikian, secrétaire de l’union. Mais cela ne répond pas à tous les soucis. » Pour développer le sentiment d’appartenance, l’UGPE a déjà suggéré que flottent les deux drapeaux dans les écoles. Quant à la lutte contre les inégalités, « il faut mettre en place un groupe de travail pour trouver des solutions de fond. La tenue commune ne doit pas être une mesurette. »
6 000 francs
C’est ce qu’il faudra débourser pour la tenue commune.
Le lot comprend cinq polos et une veste polaire. Pour les élèves boursiers, ce montant sera pris en charge à 50 % par la collectivité.
Repères
Capacités locales
En Calédonie, une demi-douzaine d’entreprises ont la capacité de répondre à l’appel d’offres et de fournir plus de 100 000 polos dans des tailles allant de 3 à 11 ans. « Nous sommes capables de gérer ce genre de quantité, affirme le directeur d’une société qui pourrait tenter de gagner ce marché. Le souci, c’est d’avoir le temps car personne n’a ces quantités en stock. Déjà, il faut avoir toutes les tailles avant de lancer la commande. » Ensuite, il faut compter trois à quatre mois de délais d’approvisionnement, puis encore deux mois pour imprimer localement chacun des polos et les distribuer dans toute la province.
« Pour la rentrée 2017, il faudrait lancer la commande en juillet. Août au plus tard. »
Cinq écoles test
Le port d’une tenue commune est en place dans quatre écoles primaires de Nouméa depuis 2013 (une cinquième s’est ajoutée en 2014). L’an dernier, la mairie a annoncé ne pas pouvoir supporter ce coût pour les 50 écoles de la capitale et souhaitait mettre fin au dispositif. C’était sans compter sur les APE, entre autres, des cinq écoles en question. Elles ont pu sauver la tenue commune mais au coût de 6 000 francs le kit (le double du prix aidé de la mairie). Il s’agit d’une période transitoire, puisque le dispositif est repris par la province pour la rentrée 2017.
Que pensez-vous… de la tenue commune pour tous en province Sud ?
David, 1 enfant (Bourail)
« C’est une bonne chose. Cela va permettre aux enfants d’être unis et de représenter leur village. Je pense aussi que cela va faire disparaître les problèmes de jalousie par rapport aux vêtements qu’ils portent, car ils seront tous habillés pareil. Pour nous, les parents, ce sera également un gain de temps, car le matin, les vêtements seront tout trouvés. »
Éric, 4 enfants (Dumbéa)
« Je suis à 500 % pour ! J’ai quatre enfants, dont deux en primaire. Une initiative de ce genre a été mise en place l’an dernier dans le collège de mon fils, à Koutio. Malheureusement, ça n’a pas été reconduit. C’est une bonne chose s’ils l’instaurent dans les écoles, cela permet de ne pas faire de différence sociale et de bien repérer les écoliers lors des sorties scolaires. »
Valériane, 1 enfant (La Foa)
« Ma fille est scolarisée en CE2 à l’école primaire publique Yvonne-Lacourt. Pour le port de la tenue à l’école, je suis tout à fait pour. Ainsi tous les enfants porteront les mêmes polos et il n’y aura pas de différence entre eux. En ce qui concerne la couleur, j’avoue que j’ai une préférence pour le bleu ou le vert. On verra bien. »
Poerava, 1 enfant (Nouméa)
« J’ai toujours été pour la tenue commune. Maintenant, on ne pourra plus faire de différence. Des fois, j’entends les gamins faire des commentaires sur les vêtements des autres ou sur le fait qu’ils ne portent pas du Quiksilver. Donc c’est une bonne idée. Et 6 000 francs : ça va. Quant à mon garçon, il n’aura plus le choix, vu que maman est pour ! »
Photo : Julien Cinier
La rentrée des primaires se fera en bleu, vert, rouge, Les Nouelles Calédoniennes, 4 mai 2016.

