Dans son premier film, Un homme pour ma famille, le réalisateur guinéen Thierno Souleymane Diallo se met en scène pour s’imposer, avec humilité, comme le responsable des siens et, ce faisant, retrouver sa propre identité.
Par Aude Perron
Le sourire ravageur de Thierno Souleymane Diallo détonne avec l’air grave du personnage principal du film Un homme pour ma famille. Pourtant, à l’écran, c’est lui et sur ses épaules qu’il porte le poids des missions que lui envoie son père, en rêve.
Ce dernier est décédé en 2005, mais il se manifeste régulièrement pendant le sommeil de son fils. « Cela a commencé en 2012, explique le réalisateur guinéen. Mon père était mort depuis plusieurs années déjà, mais il m’est apparu en rêve ; il me disait que je devais faire une enquête auprès de la famille, pour connaître les opinions des uns et des autres ».
Le benjamin de la famille
Une enquête autour d’une parcelle que ce père, malade, a dû vendre pour payer ses médicaments. Mais cette vente divise la famille. Dans un autre rêve, son père lui demande de trouver une solution pour récupérer cette parcelle, considérée comme la terre des anciens. Afin que l’âme de son père repose en paix, le jeune homme de 31 ans propose le sacrifice d’une vache, tel que préconisé par la tradition peule.
Le film de Thierno Souleymane Diallo, c’est donc celui d’un homme qui, sans père ni grand frère (ce dernier vit à Paris), doit prendre ses responsabilités dans la famille et résoudre les tensions qui l’agitent, en allant interroger les uns et les autres. La sincérité de sa démarche semble faire mouche car tous les membres de sa famille s’ouvrent à lui, le benjamin, qui a grandi en ville, loin de ces histoires de terre.
Tous adhèrent aussi à l’idée du sacrifice car dans la coutume peule, l’animal est le symbole de la cohésion. Dans le film en effet, une fois tuée, la bête est partagée entre tous, pour réaffirmer les liens qui unissent les gens.
Le long-métrage du Guinéen représente donc également sa propre quête identitaire. « Je suis un jeune qui a grandi en milieu urbain [à Conakry, NDLR]. Le sacrifice de cette vache, c’était une façon de revendiquer mon identité peule. »
Photo : A. P.
Le décodeur de rêves, Les Nouvelles Calédoniennes, 23 octobre 2015.

