Le guerrier kanak en voit de toutes les couleurs

Dans la nuit de mercredi à jeudi, le guerrier kanak, qui trône sur la stèle du monument aux morts de la commune, a été repeint aux couleurs de la République. Une enquête a été ouverte.

Par Aude Perron

Hier matin, cela roulait lentement autour du rond-point à l’entrée du village. Et si un tour n’était pas suffisant, on en faisait un autre. Pas que tout un chacun était perdu. Non, les automobilistes s’assuraient plutôt qu’ils n’avaient pas la berlue : le guerrier kanak, posé la semaine dernière par la mairie, était complètement repeint sur son devant. Pendant la nuit, la tête a été bombée en rouge, le torse en blanc et enfin, les jambes et le socle en bleu. Et vers 10h30, un homme capuchonné n’appréciant guère le symbole et soucieux de « rééquilibrer » la situation, a accouru en direction de la sculpture pour poser dessus un grand T-Shirt aux couleurs de la Kanaky. 

C’était donc l’étonnement ou l’indignation, qui caractérisait les habitants de Koné hier matin. « C’est certain que j’ai aperçu la sculpture ce matin : ça claque à l’œil ! Ceux qui ont fait ça sont des gens qui n’ont rien dans la tête », témoigne cette commerçante qui a préféré rester anonyme de peur de retrouver sa devanture bombée à son tour. Sa collègue est également désolée par la situation : « Il faut qu’ils (la mairie) remettent le poilu. Comme ça, ce sera réglé. »

Au Tumbala Café, trois hommes sont accoudés au bar, dehors, et sirotent une bière. Même s’ils ne sont que de passage à Koné et qu’ils n’ont pas suivi tout le débat suscité par le guerrier, l’un d’eux s’inquiète de ce qui va se passer par la suite : « Demain, on va retrouver un drapeau français planté dessus, ensuite, ce sera autre chose. Le risque, c’est que tout cela dégénère. » Et de conclure : « Quel gaspillage ! »

Un sentiment partagé par Julie, une étudiante en comptabilité. Depuis l’édifice Henriot qui donne sur le rond-point et le monument aux morts, elle a eu tout le loisir d’« admirer » l’œuvre du ou des vandales nocturnes. « Cela nous fait de la dégradation supplémentaire. Cela fait une semaine que le guerrier est là ! », lâche-t-elle, découragée. Je suis étonnée, mais en même temps, pas vraiment. »

Pour Anne, une jeune professionnelle, le problème vient du fait que la population ait été mise devant le fait accompli. « Je crois que si la mairie avait fait une consultation et expliqué ce qu’elle voulait faire, cela ne se serait pas produit. Moi, j’ai appris ce matin seulement que ce guerrier kanak est temporaire, en attendant que le nouveau poilu soit prêt. »

Patience, celui-ci de devrait plus tarder à retrouver sa place. À l’image du drapeau multicolore et du drapeau kanak qui flottent l’un à coté de l’autre  sur la mairie en symbole du destin commun, pourquoi ne pas imaginer un soldat et un guerrier kanak côte à côte ? L’idée semble déjà faire son chemin.

Photo : A. P.

Le guerrier kanak en voit de toutes les couleurs, Les Nouvelles Calédoniennes,  14 mai 2010.

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