Le poids de l’invisible

Jeudi soir dernier, étaient restitués les résultats d’une vaste enquête sur l’agriculture en tribu de l’IAC. Une valeur marchande estimée à 12,5 milliards de francs. Réactions.

Par Aude Perron

Ils étaient plus d’une soixantaine de personnes, jeudi soir, venu écouter les résultats d’une étude sur l’agriculture en tribu. Il faut dire qu’il s’agit de la première enquête du genre. Menée par trois chercheurs de l’IAC avec le soutien du CIRAD et ayant coûté 50 millions de francs, elle a nécessité cinq mois de terrain, de juillet à novembre 2011. Pendant cette période,1786 ménages, répartis dans 288 tribus (sur les 340 du pays), ont été interrogés, soit 1 ménage sur 8 vivant en tribu. 

Et si l’on ne devait retenir qu’un seul chiffre de ce vaste travail de recherche (pour connaître tous les résultats de l’enquête, voir notre édition du 6 février dernier), c’est celui du poids de l’agriculture traditionnelle. La production commercialisée rapporte quelque 2 milliards de francs, mais si l’on ajoute l’autoconsommation et les dons, la valeur marchande de cette production se chiffre plutôt à 12,5 milliards de francs ! « Pour Jean Creugnet, ce résultat est plutôt cohérent : « Cela reflète assez bien l’idée que nous avions de la répartition de la production globale, entre ce qui est consommé, donné et commercialisé, commente le directeur du Groupement agricole des producteurs de la côte Est (GAPCE). Sur la côte Est, je retrouve tout cela. »

Encore 77 % de la population tribale se consacre à temps plein ou temps partiel à des activités agricoles. Sur VKP, cette proportion ne tombe qu’à 71 %. « Cela veut dire que l’agriculture résiste bien, même sur VKP où le marché du travail est particulièrement dynamique, et que agriculture et salariat peuvent cohabiter », commente Stéphane Guyard, un des auteurs de l’enquête. Malgré cela, Sylvain Gorouhouna, de Poindah, qui se désolait être un des rares producteurs présents, s’avoue inquiet. « Je suis venu ici pour montrer que l’on peut gagner sa vie en tribu, grâce à la terre. Je cultive de tout : des produits vivriers, des tomates, des ananas. Depuis l’ouverture du nouveau Koné Discount (en décembre dernier, NDLR), j’ai livré 600 kg d’ananas. C’est beaucoup de travail. Malheureusement, cela n’intéresse pas les jeunes. Ils préfèrent travailler à l’usine : c’est de l’argent facile. » 

 Pour Gael Caron, coordonateur des actions en province Nord chez Arbofruits, l’étude montre que l’agriculture en tribu est importante pour les revenus monétaires qu’elle dégage, mais « elle permet de fixer les personnes à la terre, en tribu. Il faut s’assurer qu’elles puissent toujours cultiver. Et donc nous devons nous occuper des grands producteurs formalisés, mais également de ces autres producteurs en tribu. » Pour cela, il aimerait en savoir plus : ces personnes veulent-elles vendre davantage ? De quel soutien auraient-elles besoin ? 

A la Province Nord, on se pose les mêmes questions : « Cette étude nous permet d’avoir des données réelles pour mieux orienter nos actions, confie Catherine Gaillard, chef du service agriculture, à la DDEE. Maintenant, ce public veut-il commercialiser davantage sa production ? Et passer par quel circuit, entre les colporteurs, les coopératives et les marchés communaux ? Nous devons comprendre cela pour bien adapter nos mesures de soutien aux producteurs en tribu. »

Photo : A. P.

Le poids de l’invisible, Les Nouvelles Calédoniennes, 17 avril 2013.

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