Du 24 au 26 avril prochain, une centaine de chercheurs calédoniens et océaniens, élus et praticiens du développement seront réunis à l’occasion d’un colloque international sur le développement durable en Océanie. Il sera aussi question de l’avenir du Nord.
Par Aude Perron
Ce n’est que la suite logique des choses. En 2008, à Poindimié, les ateliers « Ruralité et Développement Durable en Nouvelle-Calédonie », de l’UNC, l’IAC et la Province Nord, avaient déjà permis d’amorcer une réflexion sur le développement durable et sa mise en œuvre. Mais de nombreuses questions étaient restées en suspens. Les approfondir, c’est tout l’objet du colloque international « Le développement durable en Océanie : vers une éthique nouvelle ? », organisé par l’IRD et l’UNC, dans l’auditorium de la Médiathèque de Koné, du 24 au 26 avril prochain. Entre les chercheurs invités, ceux du comité scientifique et les étudiants,
une centaine de personnes est attendue chaque jour. « Mais nous espérons aussi la présence des praticiens du développement, des élus, des ONG et des entreprises », confie Séverine Blaise, maître de conférence en économie à l’UNC et co-organisatrice du colloque.
S’il s’agit d’un événement scientifique, les journées deux et trois seront toutefois consacrées au partage des expériences de mise en œuvre de programmes de développement durable en Océanie. Certaines présentations concerneront plus particulièrement le Nord, comme celle de Matthias Kowachs (UNC, IRD) qui se demande si la planification urbaine en province Nord est durable. Ou celle de Sonia Grochain (IAC), qui communiquera sur la responsabilité sociétale des entreprises avec le cas du projet Koniambo. A cet égard, une table ronde avec le point de vue des entreprises (invités à confirmer) suivra et promet d’être animée.
Lady Pouye (DDEE, Province Nord) et des collaborateurs se pencheront sur la mesure de la durabilité territoriale, avec le cas de la province comme grille d’analyse. « La Province est très sensible au développement durable et est en train de mettre en place un Agenda 21, explique Séverine Blaise. D’ailleurs, à l’UNC en partenariat avec l’Université Aix-Marseille, nous développons en ce moment des indicateurs de diagnostic et de suivi en matière de développement durable. Ces indicateurs doivent aider la Province à mesurer le niveau des inégalités, l’accès et la qualité de la ressource en eau ou l’enclavement des populations, par exemple. » Dans cette foulée, il faudrait que ces indicateurs servent à « un observatoire de surveillance du développement durable, poursuit l’économiste. Il serait animé par des statisticiens et des chercheurs, pour pérenniser tous les efforts qui sont faits à droite et à gauche.
Colloque transdisciplinaire s’il en est un (voir encadré), le thème de l’éthique sera largement abordé et devrait fédérer les différents intervenants. « Il y a un problème avec cette poursuite de la croissance à tout prix et de la rentabilité à court terme, fait remarquer Séverine Blaise. Les crises que l’on vit aujourd’hui – économique, sociale, environnementale – font la démonstration qu’il y a un manque d’éthique dans nos pratiques. » Les états et territoires d’Océanie, sans oublier les petits états insulaires n’y échappent pas. Qui plus est, entre les changements climatiques, la surexploitation des ressources naturelles, la sédentarisation des populations ou la pollution des écosystèmes, pour ne nommer que ceux-là, les enjeux de développement durable se posent tout particulièrement. Alors pour l’universitaire, il ne suffit pas de « verdir » le développement : « Les pays d’Océanie doivent repenser le système pour que l’éthique prime sur la croissance à tout prix, les profits et la rentabilité à court terme qui se font au détriment des dimensions sociale et environnementale. »
Repères :
Un colloque international. Les chercheurs viennent de Calédonie et Métropole pour la plupart, mais aussi de Polynésie, Australie, Nouvelle-Zélande, Fidji ou Papouasie-Nouvelle-Guinée, entre autres. « C’est l’occasion de participer dans un réseau régional de chercheurs, de renforcer les liens entre nous et de confronter nos idées, explique Séverine Blaise. Les pays de la région sont différents, mais il y a des problématiques communes au milieu insulaire, notamment en ce qui a trait au développement durable. »
Observatoire du bonheur. Les communications toucheront à de nombreux thèmes et disciplines, tels que l’écologie, certes, mais aussi le droit, l’archéologie, la sociologie, la politique, l’urbanisme, la gouvernance, la santé, la culture et l’économie. Le sujet du bien-être et du bonheur sera même abordé, notamment avec un intervenant de l’Observatoire international du bonheur, à Paris.
Evénement concurrent. Petite ombre au tableau : la tenue concomitante de Oceania 21, le sommet annuel sur le développement durable, à la CPS, du 25 au 27 avril. En plus des séances plénières, les entreprises qui ont une démarche volontaire de développement durable pourront présenter aux dirigeants des états et territoires du Pacifique présents leurs produits et services. « C’est regrettable, se désole Séverine Blaise. Toutes les forces du territoire sur le sujet ne pourront pas être réunies en un endroit. »
Le chiffre : 37. C’est le nombre de communications qui seront livrées par les différents intervenants sur l’ensemble des trois jours.
Photo : D. R.
Quel avenir pour le Nord ?, Les Nouvelles Calédoniennes, 18 avril 2013.

