La Chambre de commerce et d’industrie (CCI) a ouvert son premier Centre de formation d’apprentis (CFA) en Province Nord. Un pas de plus vers le rééquilibrage et la réussite des jeunes sur le marché du travail.
Mardi matin, le faré de l’hôtel Koniambo grouillait de monde. On y célébrait quelque chose que plusieurs attendent depuis des années et qui est maintenant une réalité : le premier Centre de formation d’apprentis (CFA) de la province Nord. Parmi les personnes présentes, on comptait bien entendu les artisans de ce Centre, dont la Chambre de commerce et d’industrie (CCI). Mais six des dix apprentis de cette première cohorte d’étudiants, âgés entre 16 et 22 ans, ont également surmonté leur timidité pour venir se présenter. Le milieu de l’entreprise était notamment représenté par Dominique Roes, des Établissements Roes, qui s’est lancée dans l’aventure en prenant une des apprenties sous son aile.
A n’en point douter, tous attendent beaucoup de ce CFA. D’abord les jeunes : pour la plupart sans qualification ni diplôme, ils auront en poche, au sortir de cette formation de deux ans qui alterne entre deux semaines de travail et une semaine de cours, un CAP Agent d’entreposage et de messagerie. Ils auront également une expérience de travail qui pourra déboucher sur un emploi ou, du moins, une insertion professionnelle rapide.
La formation par apprentissage, le président de la CCI, André Desplat, y croit dur comme fer : « C’est la meilleure des formation. Et pour un patron, quoi de mieux que d’avoir un jeune qui rentre dans son entreprise et qu’il peut former exactement selon nos besoins ? »
Mais la présidente de la Commission de la formation et de l’insertion des jeunes, Angéla Manakofaiva, voit dans ce CFA un levier de rééquilibrage, tel qu’entendu dans l’Accord de Nouméa : « Tout le monde connaît les problèmes d’accès à la formation des jeunes de la province Nord. Alors pour que nos jeunes y accèdent ainsi qu’au marché du travail, c’est important de décentraliser. » Ainsi, les jeunes vont pouvoir rester en province Nord pour étudier. « Ils n’auront pas les problèmes de logement qu’ils rencontrerait à Nouméa, se réjouit André Desplat. Ils vont bénéficier des conditions idéales pour réussir. »
Si c’est un projet pilote, on n’espère pas en rester là. « Depuis ces dernières années, en dépit des fonds investis, trop de jeunes restent sur le bord de la route, déplore Christiane Gambey, qui représentait le gouvernement en la personne de Pierre N’Gaiohni. Alors on espère que d’autres filières seront développées en relation avec les besoins de nos entreprises. »
En attendant, il reste à mieux faire connaître le CFA, notamment auprès des chefs d’entreprise. « On a un double challenge : trouver des élèves, mais aussi des maîtres de stage, fait remarquer André Desplat. A Nouméa, ce n’est pas un problème, c’est installé dans les mœurs. Ici, il y a une éducation à faire. Mais c’est à nous de démarcher les chefs d’entreprise. » Pour les jeunes de la province Nord qui se déplacent sur Koné pour étudier au CFA, il faudra également régler l’épineuse question du logement. Mais le président de la CCI a plus d’un tour dans son sac. Il aimerait récupérer des logements qui seront à disposition des athlètes dans le cadre des Jeux du Pacifique.
Bref, aujourd’hui, rien ne pourra miner sa bonne humeur : « Je suis confiant. Le train est vraiment parti », conclut-il.
Betsy, 16 ans, apprentie au magasin Bwêêvârâ, à Houaïlou
« Je ne sais pas ce que j’aurais fait si je n’avais pas trouvé ce CFA. Je serais sûrement partie sur Nouméa. Là, je vais pouvoir rester à Houaïlou et travailler dans un magasin proche de chez moi. Quand j’ai approché le patron pour qu’il me prenne comme apprentie, il s’est montré intéressé parce qu’il a envie de faire évoluer les choses à Houaïlou. »
Enrique, 18 ans, apprenti chez Koné Mat, à Koné
« J’ai entendu parler de cette formation par le bouche à oreille. Mais ce n’est pas facile de trouver un maître de stage. Souvent, le patron est à Nouméa. Et il faut expliquer ce qu’est que le CFA parce qu’ils ne connaissent pas. Mais je suis chanceux : je vais travailler à Koné Mat, dans la zone industrielle. J’ai déjà commencé et j’aime ça. »
Lisy, 19 ans, apprentie à la station Mobil, à Koné
« J’ai déjà le début d’un DEP en logistique, c’est pour ça que faire ce CFA m’intéressait. Mais cela n’a pas été facile de trouver mon stage. Il faut avoir beaucoup de courage. Par chance, on m’a aidée à trouver chez Mobil. Là-bas, je vais faire du rayonnage, de l’inventaire, de la réception de marchandises. C’est une bonne chose, cette formation : ça fait sortir les jeunes des tribus. »
Photo : A. P.
Le rééquilibrage se dote d’un nouvel outil, Les Nouvelles Calédoniennes, 17 mars 2010.

