Avec la crise des médias et la crise économique qui a réduit comme peau de chagrin la tarte publicitaire, 2009 restera une année noire dans les annales des médias, qu’ils soient petits ou grands, indépendants ou pas. En voici cinq, assez symptomatiques du malaise général.
Par Aude Perron
Les lock-outés de la rue Frontenac
Pour les 253 employés de la salle de rédaction de l’emblématique quotidien de la rue Frontenac, l’année 2009 a commencé de manière bien sinistre : au 24 janvier, ils étaient en lock-out. Au moins, il n’y a pas eu de surprise. En effet, la renégociation de la convention syndicale de leurs collègues du Journal de Québec a abouti, en 2007, à un conflit de travail long de 16 mois. À l’heure où vous lisez ces lignes, les discussions sont toujours au point mort. Les pages du Journal de Montréal sont toujours noircies par ses 15 cadres – « qui cumulent plus de trois siècles d’expérience » –, des collaborateurs externes et QMI, l’agence de presse de Quebecor Médias qui a fait son apparition à l’automne dernier. Pendant ce temps, les syndiqués tiennent leur bout avec RueFrontenac.com, le site qu’ils ont mis sur pied quelques jours à peine après le début du conflit. Ils résistent également sur papier, avec un numéro spécial sur le hockey, paru en septembre pour souligner le début de la saison de la Sainte-Flanelle et le 8e mois de lock-out.
1800 employés chez Transcontinental… and counting ?
Depuis un an, au total, 1800 mises à pied en Amérique du Nord ont été annoncées, tous secteurs du groupe médiatique confondus : publipostage, imprimerie et édition de magazine. Au Québec, 300 emplois ont été abolis et la revue Vision Durable a tiré sa révérence pour passer uniquement au web. Les publications économiques du groupe médiatique ont été passablement écorchées : réduction de la semaine de travail avec réduction de salaire, congé sans solde, semaine de travail non rémunéré, alouette ! Exit aussi les rédacteurs en chef de Les Affaires, Commerce, Affaires Plus et Finance et Investissement, entre autres. Ils seront remplacés par un rédacteur unique que viendront appuyer des « directeurs de contenus ». Commerce, doyenne des revues économiques au Québec avec ses quelque 110 années d’existence, vient d’annoncer une profonde refonte. A suivre.
Les 805 employés et les stagiaires de Radio-Canada
C’est en mars dernier que Hubert T. Lacroix, le PDG de CBC-Radio-Canada a annoncé plus de 800 coupures de postes, dont 336 dans les services français de la société d’état. Les fameux stages d’été du diffuseur public ont également été abolis. En cause : le recul de ses recettes publicitaires et l’augmentation de ses coûts de production. Le Syndicat des communications de Radio-Canada s’est défendu avec le controversé manifeste Compressions à Radio-Canada : danger ! dont certains passages ont insulté les diffuseurs privés et mis dans l’embarras les nombreux artistes et personnalités publiques qui l’avaient signé. Mince consolation : en octobre, la société d’état a réussi à mobiliser environ 125 millions $ en vendant certains de ses actifs, ce qui éloigne le spectre de nouvelles compressions. Mais la prochaine fois, on va vende quoi ?
Ici gît ICI version papier
Après douze années d’existence, ICI, l’hebdomadaire culturel gratuit a mis la clé dans la porte en avril. Il avait été lancé par Quebecor pour jouer dans les plates-bandes du Voir. Mais il était connu des journalistes pigistes pour ses dérisoires tarifs au feuillet et son contrat qualifié par l’AJIQ « d’une indécence encore jamais vue dans l’industrie ». Pour expliquer la fermeture de l’hebdomadaire, l’empire médiatique invoque une perte de rentabilité, en dépit des 10 millions de dollars qu’il a investi dans l’aventure. Cependant, ICI n’est pas tout à fait mort. Il existe sur le web, mais le lecteur éploré devra se contenter de télécharger le numéro de la semaine car le site ne développe pas d’autres contenus. Convergence oblige, les contenus sont plutôt développés dans la rubrique Divertissement du réseau Canoë.
Les 700 employés de La Presse ?
Depuis le début de l’année, les 8 conventions collectives des 700 employés de La Presse sont échues. Chez les travailleurs de l’information, ce sont 240 personnes qui sont touchées. La partie patronale s’est donnée jusqu’au 1e décembre pour s’entendre avec ses employés, faute de quoi, la publication du quotidien sera suspendue tant sur papier que sur le web car « le modèle d’affaires actuel du journal n’a aucune chance de survivre ». Les syndiqués ont exigé de voir les livres de Gesca, ce qui leur a été accordé à la mi-octobre. En attendant, les stages d’été ont été abolis (comme ailleurs dans le groupe). Également, la dernière édition dominicale est parue le 28 juin. Les trois dimanches suivants, en bandeau sur sa page frontispice, The Gazette, a souhaité – en français, je vous prie – la bienvenue aux brebis orphelines et égarées de son concurrent.
Les grands disparus de 2009, Le Trente, décembre 2009-janvier 2010, p. 24
