Les sourds se font entendre

Hier et aujourd’hui, la classe pour l’inclusion scolaire (Clis 2) de l’école élémentaire de Poindimié, ouvre ses portes pour sensibiliser les élèves à leurs camarades sourds et à la langue des signes. Une main tendue pour améliorer la communication entre les enfants. 

Par Aude Perron

Ce matin, Ismael et Tanguy, tous deux onze ans, jouent les professeurs devant un parterre de camarades. Mais pas à l’oral : dans leur moyen de communication à eux, la langue des signes. Nous sommes dans la Classe pour l’inclusion scolaire 2 (Clis 2), celle des sourds, à l’école élémentaire de Poindimié et c’est journée Portes ouvertes. Une initiative de leur institutrice spécialisée, Sylvie Cochard, et de Christelle, intervenante en langues des signes dans cette Clis, qui ont souhaité souligner la Journée Mondiale des Sourds, célébrée demain, le 27 septembre. « C’était pour marquer le coup, mais aussi pour que notre public quotidien, les enfants, soit initié à la langue des signes. »

En tout, onze classes défileront dans la Clis 2 pendant les deux journées. Pendant une trentaine de minutes, les enfants apprendront les formules d’usage, telles que « ça va », « pardon », « bienvenue » ou « merci ». Ismael, sourd profond, et Tanguy, qui porte un appareil auditif, se prêtent au jeu avec plaisir : ils signent, montrent, recommencent, font recommencer et encouragent la petite assistance. « Ils sont contents quand on utilise leur mode de communication », explique Sylvie Cochard, revenue de Métropole il y a un peu plus d’un an avec, en poche, son CAPASH (certificat d’aptitude professionnelle pour les aides spécialisées, les enseignements adaptés et la scolarisation des élèves en situation de handicap). Les enfants apprendront à faire quelques animaux puis à interpeler une personne sourde, comme en la touchant ou en faisant clignoter une lumière.

Sylvie Cochard en profite pour déboulonner quelques raccourcis ou préjugés à l’égard des sourds. « Quand on est sourd, cela ne veut pas dire qu’on est muet. On est muet quand on n’est pas capable d’utiliser ses cordes vocales. Vous avez déjà entendu Ismael à la récré ?, interroge-t-elle. Vous avez entendu qu’il est capable d’émettre des sons, n’est-ce pas ? Alors il n’est pas muet. Mais il ne parle pas. Ce qui est différent. » Elle rappelle ce qu’un sourd ne peut pas faire, comme téléphoner, écouter un discours ou entendre un bébé qui pleure. « Mais est-ce que ça veut dire qu’ils ne peuvent rien faire ? Non, ils peuvent lire, rire, jouer, bricoler, conduire, se marier. Ils peuvent travailler et le seul métier qu’ils ne peuvent pas faire, c’est pilote. »

Tom et Anaelle, en CM1, se sont tous deux montrés très intéressés lors de l’initiation. « Dans la cour, on joue avec eux (les élèves de la Clis, NDLR) et on se comprend un peu. Mais là, j’ai appris à dire bonjour, pardon, merci », dit Tom. Anaelle, elle, connaissait déjà quelques signes, grâce à sa mère qui avait fait un stage pour apprendre la langue. Elle était donc ravie, mais avec un petit pincement au coeur toutefois : « Il y a tellement de belles musiques qu’ils ne peuvent pas écouter. Ca me fait de la peine pour eux. » Nul doute : la sensibilisation a opéré.

Trois questions à Stéphane Fons, direction de l’enseignement, Province Nord

Comment sont pris en charge les enfants avec un handicap ?

A la rentrée 2013, nous comptions 51 enfants répartis dans les cinq Clis de la province Nord. Nous avons aussi 53 élèves en situation de handicap qui, en raison de leur éloignement géographique, sont scolarisés dans des classes traditionnelles. Mais tous bénéficient d’un projet de suivi scolaire qui est garant d’un apprentissage spécialisé puisqu’il est élaboré en tenant compte des contraintes scolaires, sociales et médicales.

Faudrait-il que tous les enfants handicapés soient en Clis ? 

Ce n’est pas le but. Et ce n’est pas réalisable de toutes les façons en raison de la dispersion géographique des élèves : en effet, il faut que le temps de transport reste acceptable. Mais une des pistes à étudier est un dispositif d’hébergement dans des familles d’accueil, situées dans la commune de la Clis. Un tel dispositif a déjà été mis en place à Poindimié par le passé. Il s’agirait maintenant de l’institutionnaliser. Mais qu’ils soient en Clis ou en classe traditionnelle, l’important est que les enfants handicapés bénéficient d’un apprentissage spécialisé.

Quels sont les perspectives d’avenir ?

Grâce au travail des commissions, le repérage des enfants ayant des besoins particuliers est de plus plus efficace. Nous étudions actuellement la possibilité d’ouvrir une Clis dans le grand Nord afin de combler le besoins des élèves de Poum, Ouégoa et Pouebo. Le vice-rectorat nous a également signalé son projet d’ouvrir une Ulis au collège de Koné. Enfin, il faut des solutions pour les élèves qui relèvent de dispositifs autres que les Clis, tels que les enfants polyhandicapés. L’enseignement spécialisé est un vaste chantier.

Photo : A. P.

Les sourds se font entendre, Les Nouvelles Calédoniennes, 26 septembre 2014.

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