Quand Canala s’éveillera

Avec la construction de nombreux équipements, il souffle sur Canala comme une brise de dynamisme autour de l’agriculture, de la mine et des services touristiques. Misant sur ses atouts, composant avec ses faiblesses, la « rebelle » du Sud de la Province nord, semble décider à changer d’image et à lutter contre l’exode rural.

Par Aude Perron

Quand on entre à Canala, on est de suite saisi par la beauté des sites et venant de Nouméa ou de Koné, par le calme de ce petit village rural de quelque 5 125 habitants (double comptage). Pourtant, la commune la plus au Sud de la province Nord bouge… Equipements primaires (voirie, assainissement, adduction en eau potable), aménagement d’une pépinière d’entreprises, d’un centre de secours et d’incendie…: Canala a entrepris de se doter d’infrastructures d’ores et déjà en cours ou à l’étude.

Mais d’où vient ce vent de dynamisme ? « Nous consacrons chaque année 100 millions de francs au développement économique (études, fonctionnement, investissements) ; nous avons toujours des études d’avance et donc toujours des projets sous le coude », explique Philippe Fagot-Barraly, le directeur du cabinet du maire Gilbert Tyuienon. Les murs du bureau sont tapissés de deux listes distinctes : en rouge, la liste des opérations en cours de construction (ou dont les travaux débuteront à court terme), en vert celle des projets… Cependant, le développement économique n’est-il pas une compétence provinciale ? « En effet, mais nous ne voulons pas attendre que les choses se fassent ; nous voulons agir. Nous sommes un peu des rebelles, nous, les gens de Canala ! », lance en riant le directeur de cabinet.

Potentiel agricole

Le développement économique de la commune s’articule autour de quatre axes : l’agriculture, la mine, le tourisme, le commerce et les services. Le caractère agricole de Canala saute aux yeux dès l’entrée du village ; sur les parcelles cultivées, poussent du manioc, du tarot et de la patate douce. Cette production est l’oeuvre de la nouvelle SAEML de Canala, crée en décembre 2010 pour valoriser l’activité agricole de la commune. « Nous exploitons des terres pour que l’OGAF puisse vendre une production régulière, en quantité et en qualité », explique son directeur Robert Wayaridri. La structure parapublique n’exploite cependant qu’une trentaine d’hectares, au village et en tribu, alors que Canala dispose d’un potentiel de 800 hectares agricoles. « Nous essayons toujours d’augmenter la surface d’exploitation, mais nous sommes limités, notamment par notre parc de matériel et la dispersion des parcelles », déplore-t-il. Ces parcelles établies sur du foncier mis à disposition par la commune, l’ADRAF et ,- particularité de l’affaire -, par six GDPL présents dans le capital de la SAEML à hauteur de 1,4 %. En échange, ces derniers voient leurs terres valorisées pendant les trois, quatre ou cinq années du contrat qui les lie à la SAEML. « Nous leur apportons notre savoir-faire : leurs terres sont aménagées, assainies, exploitées et les récoltes sont partagées. Après le contrat, les GDPL peuvent poursuivre l’activité. ». Fort de ce dispositif (voir notre Focus sur les ZODEP par ailleurs), la SAEML y cultive la squash, la pomme de terre et des produits vivriers (bananes, ignames, manioc, tarot et patate douce) qui, une fois conditionnés, prendront la direction de Nouméa, qui absorbe toutes les récoltes (exception faite de la squash, destinée au marché japonais). 

Par ailleurs, la SAEML vient de récupérer des quotas pour élever 480 porcs par année, projet qui permettra de créer cinq emplois à la tribu de Boakaine. « Jusque dans les années soixante, Canala était le plus important producteur de porcs du pays, avec plus de deux mille têtes. Aujourd’hui, nous avons toujours ce savoir-faire », soutient Robert Wayaridri. Un projet d’élevage aquacole (poissons, huîtres) est également en gestation et pourrait prendre forme d’ici deux ans.

Enclavement persistant

Reste que distribution de produits à partir de Canala n’a rien d’une sinécure, en raison de l’enclavement de la commune. La transversale qui la relie à La Foa compterait au bas mot, « 386 virages, selon mes enfants », s’amuse à préciser Philippe Fagot-Barraly. Quant à la route qui part vers Thio, au Sud, son tronçon sur une seule voie à circulation alternée enchante davantage les touristes que les travailleurs et entrepreneurs ! La mairie entretient toujours l’espoir qu’un jour ce tronçon puisse passer à deux voies, mais la présence d’amiante dans la zone vient compliquer la donne.

Ainsi, à l’instar du secteur agricole, l’enclavement de la commune représente un obstacle pour les trois mines de Canala. « C’est une des difficultés, confirme Julie Michaud, géologue depuis 8 ans pour le groupe Ballande qui exploite à Nakéty un centre minier de taille moyenne et a du mal à trouver des transporteurs ou des entrepreneurs pour des travaux miniers ou sur la base-vie, par exemple. Ces services existent sur Nouméa mais les entreprises ne s’installent pas ici. ». Une bonne nouvelle cependant pour les sous-traitants des centres miniers de Canala : La commune prépare pour 2014 la création d’un pôle technique minier qui sera composé d’un parc pour les camions, d’un atelier de réparation, d’un centre d’hébergement, d’une cantine et d’une laverie (pour un coût estimé à 1,2 milliard de francs c’est beaucoup non ? oui, mais c’est le bon chiffre, je viens encore de vérifier !) et qui permettra aux sous-traitants de profiter de services mis en commun. Leur parc automobile (notamment des rouleurs) comptant 90 camions – soit quelque 3 000 pneus à réparer ou remplacer ! – , « nous avons tout à gagner à faire effectuer ces travaux sur place, sans compter la cinquantaine d’emplois que ce pôle technique minier devrait générer » fait valoir Philippe Fagot-Barraly.

Carence d’hébergement

Autre obstacle de taille à l’installation à Canala (outre les soucis de sécurité parfois évoqués) : la carence d’hébergement. Il n’y a, à toutes fins pratiques, rien à acheter ou à louer sur la commune. Dans ces conditions, comment combler des postes, sachant que le vivier local est à peu près épuisé et qu’il faut se tourner vers l’extérieur ? En ce moment, sur Nakéty, le groupe Ballande s’évertue à pourvoir une dizaine de postes : chauffeurs de camion, d’engins, sondeurs et autres laborantins. Pour résoudre en partie ce problème, le mineur pourrait agrandir de quelques places son campement qui compte actuellement 20 places. A cet égard, la construction d’un lotissement d’habitation  (projet porté la commune) devrait apporter une partie de la solution : 18 lots, certains à louer, d’autres à vendre. Un nouvel équipement de 145 millions de francs dont pourrait éventuellement profiter le mineur. 

Le manque de solutions d’hébergement (une quarantaine de couchages que veux tu dire, en tribu (c’est 40 lits ou places à dormir dans les gîtes et dans les accueils en tribu) et 50 emplacements de camping), pénalise également l’essor du tourisme, pourtant engagé. Les 29, 30 juin et 1er juillet dernier, Canala célébrait sa mandarine et plus de 10 000 personnes ont investi le village pour prendre part aux festivités. Combien d’entre elles seraient restées, une nuit ou deux, si l’offre avait été au rendez-vous ? Dans la restauration, le scénario est sensiblement le même. « Pour l’instant, il faut se contenter d’acheter des barquettes dans le commerce », constate Marcel Oujanou, le président de l’Office du tourisme. Cependant, la situation devrait s’améliorer. L’Office a justement été mis sur pied en novembre dernier dans l’optique de développer le secteur du tourisme sur Canala. Pendant cette 12e éditions de la Fête de la mandarine, l’équipe a identifié une quinzaine de prestataires d’hébergement. Si ces derniers ont offert leurs services de façon ponctuelle pour la Fête, l’Office aimerait les convaincre d’accueillir les touristes à l’année. « Dès l’an prochain, il y aura une meilleure offre d’hébergement sur Canala », affirme Marcel Oujanou. 

Enfin, à plus long terme, la commune pourra également compter sur un hôtel, à l’entrée nord du village. Il s’agit d’un projet de 37 clés abritant un restaurant de 100 couverts, un snack-bar, une piscine et une salle de réunion, et représentant un investissement de 1,2 milliard de francs. Porté par un partenariat public/privé, il devrait générer une trentaine d’emplois. 

En plus de l’hébergement, une marina devrait voir le jour dès 2014. Au coût de 260 millions, cet équipement de 60 emplacements avec sa desserte en carburant et en eau douce, devrait attirer plaisanciers et touristes.

Des projets qui devraient renverser la tendance : entre les recensements de 2004 et de 2009, la commune a perdu 150 habitants. « Or, nous voulons maintenir notre population à Canala. C’est de l’activité économique. C’est de la vie, tout court ! », conclut Philippe Fagot-Barraly.

Une pépinière d’entreprises

L’aménagement d’une pépinière d’entreprise au village est en cours. Représentant un investissement de 120 millions de francs (financé à 20 % par la commune et 80 % par la province à travers un contrat de développement état/province), cet équipement est le deuxième du genre en province Nord (après Koné). Le bâtiment de 224 mètres carrés est destiné à abriter, dès octobre, une quinzaine d’artisans : garagistes, réparateurs de petits outils, maçons ou autres électriciens. 

Projets communaux
Investissement Livraison
Centre de secours et d’incendie 126 M 2012
Pépinière d’entreprises 120 M 2012
Pôle technique minier 1,2 MM 2014
Lotissement 145 M n/d
Réhabilitation écoles Nakety et Négropo 350 M 2013 – 2014
Installation de Stockage des Déchets 298 M 2013
Projets (financement : province Nord)
Base nautique 180 M 2013
Centre culturel 300 M 2014
Centre d’hébergement 220 M 2013
Autres (financement pays)
Marina 260 M 2014
Stade Karembeu 600 M 2015
Financement public/privé
Centre médico-social 200 M 2013
Station-service 180 M 2013
Hôtel 1,2 MM 2015
Porcherie 45 M 2013
Elevage aquacole n/d n/d

Photo : Thierry Male

Quand Canala s’éveillera, Objectif, août-septembre 2012, p. 50-52

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