Au Lycée agricole, plusieurs classes préparent une production artistique contemporaine, à l’emplacement même de la case traditionnelle disparue en 1996.
Par Aude Perron
C’est tout juste si elles lèvent le nez de leur ouvrage. Pendant trois jours, les élèves de la classe SMR-2 (Service en milieu rural) se sont affairés autour d’une imposante armature métallique (issue de la toiture du hall administratif) : sous l’œil vigilant de l’artiste peintre Francia Boi, elles peignent aux couleurs de l’arc-en-ciel et dessinent des motifs de bambous gravés. « Les élèves apprennent le langage artistique, ce qu’est que l’art contemporain et l’art de la récupération, explique l’artiste. J’aime partager avec les autres générations, c’est enrichissant. »
Si cela ressemble à une partie de plaisir, il s’agit là d’un examen pour la vingtaine de lycéennes de ce bac pro. En amont de cette réalisation, elles ont dû faire un travail de réflexion et de recherche, en petits comités, sur les différents motifs à peindre sur la structure. Juliana, avec son groupe, a été chargée de faire une recherche sur les chambranles et les flèches faîtières, de les reproduire et même, d’en inventer : « On a étudié une dizaine de styles différentes de flèches et de chambranles. C’est enrichissant. » Sylvaine, avec ses camarades, s’en penchée sur le thème des cases et a apprécié l’expérience en général : « J’ai aimé le travail en équipe, c’est toujours cool. Et j’aime le principe qu’on a refait une histoire. »
Cette histoire, c’est celle de la case traditionnelle du Lycée, construite il y a 16 ans. Un immense travail collectif qui a duré 8 mois et qui, une nuit, est parti en fumée. Professeur d’éducation socioculturelle, Lêdji Bellow, a souhaité faire un mémorial : « Au delà de l’aspect pédagogique, un des objectifs de cette réalisation est le devoir de mémoire pour sensibiliser les jeunes à la valeur du patrimoine bâti, fait-elle remarquer. De plus, cela fait la démonstration que l’art contemporain peut être mis au service du milieu rural puisqu’il vient embellir l’environnement. »
D’autres élèves et enseignants apportent également leur pierre à l’édifice. « Cela arrive de temps à autre que différentes classes interviennent ensemble, ajoute Lêdji Bellow. C’est un partenariat qui est valorisant car tout le monde met ses compétences au service d’un projet commun. » Ce sont les classes de Gestion du milieu naturel et de la faune (GMNF-1) et de Nature, Jardin, Paysage et Forêt (NJPF) qui ont été sollicitées pour apprêter et fixer la structure métallique, préparer un aménagement paysager autour de l’œuvre et installer sept sculptures en bois rescapées de l’incendie. Le travail n’est pas encore terminé. « On finira l’an prochain, estime Christian Bouteiller, un des professeurs de ces classes, car nous devons composer avec le va-et-vient des élèves en raison de leurs stages. » Toutefois, l’inauguration est prévue d’ici la fin de l’année scolaire. Et là, le travail de mémoire pourra véritablement commencer.
Photo : A. P.
Une case à remplir, Les Nouvelles Calédoniennes, 5 septembre 2012.

