On ne joue pas avec la sécurité dans les établissements scolaires du territoire. Rappel des différentes mesures existantes et des modus operandi mis en œuvre pour la garantir.
Par Aude Perron
C’est le cauchemar de tout parent : être appelé au travail par l’établissement scolaire de son enfant et apprendre qu’il est arrivé quelque chose de grave. Si c’est ce qu’ont vécu des parents d’élèves du lycée Jules-Garnier mardi matin, il reste que ce genre de situation est assez rare au pays. Il faut dire que la sécurité des élèves est un sujet avec lequel les institutions, qui se partagent la compétence, ne badinent pas. Construction des bâtiments, plans d’évacuation d’urgence, encadrement lors des sorties scolaires ou procédure pour libérer les élèves à la sortie des classes… Tout est réglementé de manière précise.
Quand on pense à la sécurité, on pense tout de suite aux exercices d’évacuation auxquels doivent se soumettre les établissements plusieurs fois par année. Légalement, ces derniers peuvent en organiser trois, dont le premier doit avoir lieu dans la foulée de la rentrée scolaire. Puis un autre, voire deux, suivant la nécessité de tester les bons réflexes. Au lycée du Grand Nouméa, quatre de ces exercices sont organisés. « Non pas que la situation y soit critique, s’empresse de préciser Jean-Luc Faure, son proviseur qui veille sur 1900 élèves. Le lycée compte également 200 internes qui doivent, eux aussi, tester le plan d’évacuation. »
Des yeux sur le terrain
Si c’est sur les épaules du chef d’établissement que repose la sécurité, les conseillers principaux d’éducation (CPE) sont également de précieux alliés. « Nous sommes les yeux sur le terrain, résume un CPE dans un collège de la Grande Terre. Quand on observe un problème, que ce soit des marches glissantes ou un jour sous un grillage, on le fait remonter. On a des élèves qui testent nos failles tout le temps : il faut être réactif. »
Il faut également qu’élèves et personnels y mettent du leur. Des produits sensibles stockés en grande quantité, des cartons empilés en dessous d’un escalier, un scooter garé dans l’accès pompier… Voilà des gestes à éviter. Un des chevaux de bataille de Jean-Luc Faure : que les enseignants, au moment d’ouvrir une salle de cours, dévérouillent systématiquement la deuxième issue. « En cas de sinistre, les élèves pourront être évacués par deux sorties. C’est une petite bagarre pour que les enseignants développent ce réflexe. Ce n’est pas de la mauvaise volonté de leur part : ils n’y pensent pas. »
Contrôle et sanction
La sécurité est donc une mission qui se vit au quotidien et qui est régulièrement évaluée par un comité territorial de sécurité (voir Repères). Lors de ces visites, généralement annoncées en amont, le comité procède à un état des lieux et consulte un registre de sécurité dans lequel chaque établissement consigne tout ce qui concerne le sujet : bilan des exercices d’évacuation, contrôle et remplacement des équipements, déclenchement inopiné ou malveillant des alarmes, etc. Il ne s’agit donc pas de contrôles impromptus comme dans les restaurants. « Nous ne sommes pas dans un climat de suspicion », explique Gérard Malaussena, directeur de l’éducation à la province Sud.
Au lycée du Grand Nouméa, ce comité est venu, au mois d’avril dernier (la dernière visite remontant à août 2014). « Ce sont des visites importantes : ils peuvent nous dire de fermer une salle de classe ou une partie d’un bâtiment », indique Jean-Luc Faure. Rien à signaler dans son établissement, exception faite d’une anomalie à l’internat, à corriger dans les meilleurs délais : un signal sonore déclenché par le système d’alerte incendie, peu commode pour le sommeil !
Dans ses 20 collèges et deux internats, la province Sud a, tout comme le comité territorial de sécurité, un pouvoir de sanction. Pas en ce qui concerne l’exploitation des locaux, plutôt les sorties scolaires. Le taux d’encadrement est fixé selon le lieu et la nature de la sortie. « Si le nombre d’accompagnateurs fixé ou si les diplômes requis parmi les encadrants ne sont pas respectés comme dans les sorties à la piscine ou en bateau, la province n’autorise pas la sortie », rapppelle Gérard Malaussena.
Pour le CPE interrogé, la sécurité n’est pas que l’affaire des personnels encadrants, mais celle des élèves aussi. Pour lui, si les élèves de terminale du lycée Jules-Garnier ont pu intervenir si efficacement dans la classe de leurs camarades, mardi matin, c’est parce qu’ils avaient suivi un cours sur l’hygiène et la sécurité dans leur cursus et que le réflexe était désormais là. « Il faut donner aux élèves les moyens d’intervenir. »
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C’est le nombre d’exercices d’évacuation que les établissements scolaires (écoles, collèges et lycées) peuvent légalement organiser dans l’année.
Repères
Les parents concernés
La sécurité est un sujet qui resurgit de temps à autre dans les associations et les fédérations de parents d’élèves. Vétusté des bâtiments, fils électriques dénudés qui pendent du plafond… Au collège de Plum, le bâtiment a été construit de manière à être ventilé de façon naturelle. Mais en période de forte chaleur, cela n’est pas assez et les salles de classe sont étouffantes. « Le problème, c’est que les plafonds sont trop bas pour installer des ventilateurs. On est inquiet pour la déshydratation des élèves », souligne Sophie Peccinini, à l’UGPE. La situation a été remontée au conseil d’administration pour qu’une solution soit trouvée et les parents sont en attente d’une réponse.
Risque incendie et panique
C’est le Service de la planification des risques technologiques et naturels (SPRTN) de la Sécurité civile qui s’occupe du risque incendie et panique dans les établissements recevant du public (ERP) depuis le 1er janvier 2014. Il est chargé notamment de procéder à des contrôles périodiques ou inopinés des ERP, de s’assurer du respect du règlement de sécurité, d’émettre un avis favorable ou défavorable à l’ouverture ou à la poursuite de l’exploitation visitée.
Les clés d’une évacuation réussie
– Déterminer une zone d’appel éloignée des bâtiments (+ de 8 m pour éviter la chute de matériaux, probable au bout de 4 minutes) et ne gênant pas la rapidité des secours (ils sont là en 10 minutes).
– Matérialiser les classes au sol, sur un mur ou un panneau afin que tous se retrouvent au bon endroit. C’est à cet endroit qu’un appel nominatif sera fait avec un cahier d’appel.
– Elaborer et afficher les consignes d’évacuation dans chaque local.
– Eviter les étranglements en divisant le nombre de personnes à évacuer par le nombre d’issues disponibles à chaque niveau. Temps pour évacuer : inférieur à 3 minutes et 30 secondes.
– Elaborer les consignes particulières et signifier aux personnels les tâches qu’ils auront à effectuer pour faciliter l’intervention des secours et pour mener à bien la phase d’appel qui sera chargé de recenser auprès des chargés d’évacuation les absents. Temps pour effectuer l’appel : inférieur à 10 minutes.
– Former une équipe de première intervention capable de se mobiliser sur tout feu naissant à l’aide des extincteurs présents dans l’établissement.
– Former et recenser les secouristes présents dans l’établissement qui pourraient aider le personnel infirmier.
– Mettre des observateurs qui jugeront particulièrement la prise en charge des personnes à mobilité réduite, celles-ci devant obligatoirement participer aux exercices.
Source : rectorat d’Aix-Marseille
Photo : Thierry Perron
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