Raconter le réel autrement

Amateurs et professionnels sont réunis pour une master class autour du documentaire, organisée par la province Sud et Ânûû-rû Âboro. Elle fait suite aux résidences d’écriture et de production qui ont eu lieu l’an dernier, attenantes au festival des peuples.

Par Aude Perron

Il fallait avoir le cœur bien accroché hier matin, à la master class Ânûû-Rû Âboro, au centre culturel Tjibaou, animée par Vladimir Léon, une pointure du cinéma documentaire français. Projeté sur un écran, un extrait du Sang des bêtes, un court-métrage datant de 1949, du réalisateur Georges Franju, sur l’activité d’un abattoir. Chevaux, vaches et autres moutons sont abattus, ouverts et démembrés, sous l’œil de la caméra. En fond sonore, une voix off qui « vante » les mérites de tel outil de mise à mort ou de tel ouvrier ou maître équarrisseur. Dans l’assistance d’une vingtaine de personnes, on se détourne, on soupire, on s’agite sur sa chaise. « C’est rude », chuchote une participante. Au bout de 20 minutes d’extrait, l’heure est à la discussion. « Au lendemain de la guerre, ce film peut être vu comme une métaphore, commente Vladimir Léon. Et cette voix off amène une distance, elle documente quelque chose qui n’a jamais été filmé auparavant. Mais ce n’est pas un film complaisant. »

Vérité. Pendant ces trois jours de master class, les participants – public et professionnels de l’image – voyageront à travers 120 ans d’histoire documentaire, du cinéma muet, en passant par celui de propagande, sans oublier le cinéma vérité ou l’autofiction.

Au-delà de l’aspect culture générale, Sandrine, qui a quelques courts-métrages à son actif, est particulièrement intéressée par « l’aspect technique des extraits présentés. J’en apprends sur les façons de filmer et sur les détails dans les images. »

Fonds. « La clé, c’est de voir des films, insiste Vladimir Léon. Je milite pour qu’il y ait un endroit en Calédonie où tous ces films documentaires soient accessibles. C’est faisable et sans que ça coûte cher. » Avec 60 000 francs, il estime qu’une médiathèque peut développer un fonds documentaire. « Il y a plein de façons de se raconter, de raconter son réel. Le documentaire est vivant. Il y a encore beaucoup de choses à inventer et à s’approprier. » Des mots qui trouvent tout leur sens à la veille de l’ouverture, à Poindimié, du neuvième festival Ânûû-rû Âboro.

Photo : A. P.

Raconter le réel autrement, Les Nouvelles Calédoniennes, 15 octobre 2015.

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