Le 12 avril dernier, au port de Pandop, à Koumac, était baptisé en grande pompe La Renaissance, le tout nouveau palangrier de SAS Baby Blue. Un message fort d’appui à la pêche hauturière du Nord qui a déjà connu des jours de galère.
Par Aude Perron
Le temps est au beau fixe et la mer est d’huile. Une journée de pêche idéale. Pourtant, La Renaissance devra encore patienter quelque temps dans les eaux de son nouveau port d’attache avant sa première vraie campagne de pêche : en ce jour d’avril, des élus et des représentants de la Province Nord et de la mairie de Koumac, des coutumiers, la Sofinor et bien d’autres invités sont réunis au port de Pandop, à Koumac, pour baptiser le nouveau palangrier de SAS Baby Blue, construit par le chantier naval Croisicais. Après le geste coutumier, les principaux intéressés sont montés sur le pont pour, tour à tour, faire une allocution. Puis, le père Westley a béni le navire avant que Marie Khac-Le Strat, de Atolls Consultants, marraine de La Renaissance, lance la bouteille de champagne pour inaugurer et souhaiter bon vent à son protégé.
Un symbole
Le moment est fort. Au-delà d’être un nouvel équipement moderne et performant au service de SAS Baby Blue, filiale du groupe Sofinor, La Renaissance est un symbole. C’est celui du rééquilibrage géographique, mais aussi celui du rééquilibrage sectoriel, car il doit permettre de « pérenniser les activités économiques hors mine », rappelle Victor Tutugoro, président du CA de la Sofinor.
Comment ? Déjà, le palangrier, construit par le Chantier naval croisicais, en Métropole, vient de donner un coup de jeune aux équipements de SAS Baby Blue. Le palangrier, mesurant 18,30 mètres de longueur et 6,20 mètres de largeur, est constitué pour faire des marées d’une douzaine de jours au large des côtes calédoniennes. Qui plus est, il sera rejoint par un deuxième navire, du même chantier naval, dès août prochain. Un investissement de 360 millions de francs de la Province Nord, permettant de porter à trois le nombre de bateaux qui composeront la flotte de la filiale. Du même coup, seront définitivement remisés les dix Karaavhas, plus énergivores et moins productifs, qui servaient à faire les campagnes de pêche.
Un appoint
Ce nouvel armement, moderne et performant, ne profitera pas qu’à SAS Baby Blue. Cela va ricocher sur les Pêcheries du Nord, une autre filiale de la Sofinor qui, elle, transforme et commercialise le poisson ramené par les palangriers de Baby Blue et de sous-traitants. Pour le moment, les Pêcheries traitent environ 600 tonnes de poisson par an, principalement du thon (blanc, obèse, jaune) et, dans une moindre mesure, du mahi-mahi, du saumon des dieux et du tazar, entre autres choses. Avec la nouvelle flotte et l’apport des sous-traitants, Denis Labiau, directeur adjoint de la Sofinor, prévoit que « ce volume passera à 800 tonnes d’ici cinq ans, peut-être même plus », ajoutant qu’à ce moment-là, il faudra agrandir le port et les installations actuelles.
Des chiffres qui, a priori, peuvent inquiéter : est-ce que c’est durable ? Le renouvellement de la ressource halieutique est-il assuré ? David Massard, directeur d’exploitation des Pêcheries du Nord, jure que oui : « La ressource est là et la pêche à la palangre la protège car elle est sélective : les hameçons ne prennent que les adultes. »
Pour le consommateur, plus de poisson représente une excellente nouvelle, car la demande est supérieure à l’offre. Ces consommateurs, c’est le marché local, soit les collectivités, les restaurateurs, les détaillants et les distributeurs, sur lequel est écoulé 70 % du volume pêché. Mais c’est aussi les marchés d’exportation, notamment le Japon (2 à 3 exportations par semaine) et la Métropole (1 à 2 par semaine), qui raflent le reste. « Et ce qui est avantageux d’exporter, c’est que ça nous tire vers le haut. Ces marchés veulent du poisson extra-frais, donc on fait de la surqualité », fait remarquer Denis Labiau.
Un enseignement
Bref, tout semble cohérent dans le développement de la filière hauturière qui a connu des jours de galère, dès la création des Pêcheries du Nord, en 2001. « Jusqu’en 2004, ça a été une période difficile. Tout le monde a jugé que l’activité hauturière était morte, rappelle Jean-Pierre Djaiwé, deuxième vice-président à la Province Nord. Aujourd’hui, j’apprécie le chemin parcouru. » Car le portrait est tout autre. « On a fait des erreurs par le passé, mais on a corrigé le tir, renchérit Denis Labiau. Désormais, il y a moins de maillons faibles dans notre schéma de développement et nos prévisions sont plus fiables. » Nul doute, avec La Renaissance et la nouvelle flotte de SAS Baby Blue, la pêche hauturière du Nord devrait avoir de beaux jours devant elle.
Formés durablement
Grâce à une entente entre la Sofinor et Atolls Consultants, huit marins originaires des Îles Bélep déjà à l’emploi de Baby Blue, sont récemment partis en Bretagne parfaire leurs connaissances par un certificat d’initiation nautique dans deux lycées professionnels bretons. Cette formation de trois mois prépare aux tâches de matelot, à savoir : opérations de pêche, transport de marchandises ou de personnes, entretien, conduite du navire, maintien de la sécurité et autres manœuvres diverses. Tandis que la première promotion de quatre marins est revenue à bord du navire La Renaissance, la deuxième devrait rentrer en août prochain, à bord du deuxième palangrier attendu par SAS Baby Blue, actuellement en construction au chantier naval Croisicais.
Photo : A. P.
Renaissance d’une filière, Nord Infos, septembre 2011, p. 34-35.

