Se connaître et apaiser

Le collège Baudoux organise six journées culturelles pour permettre aux élèves d’origines différentes de se rencontrer. Une initiative parmi plusieurs autres afin de créer un climat plus serein.

Par Aude Perron

La cour de récré du collège Baudoux est peut-être un peu plus bruyante qu’à l’accoutumée. Sous les cris, les rires et les encouragements de leurs camarades, des groupes d’élèves, en tenue traditionnelle, présentent des danses wallisiennes. Depuis la fin du mois d’avril et jusqu’à la fin du trimestre, l’établissement scolaire a programmé six journées culturelles dédiées à six communautés ethniques du Caillou. Emboîtant le pas à l’Indonésie puis Tahiti, c’est Wallis-et-Futuna qui était hier à l’honneur, avant de céder la place, dans les trois prochaines semaines, à la Mélanésie, au Japon et enfin à l’Europe.

Le but de l’opération ? Favoriser une meilleure connaissance de l’autre. « Les enfants se côtoient sans connaître l’histoire et la culture de l’autre, explique Gilles Ukeiwe, principal du collège, habillé en tenue traditionnelle wallisienne en signe d’appui à cette initiative. Cela peut engendrer des incompréhensions. Une journée comme celle-ci fait partie d’un ensemble d’initiatives pour combattre la violence. »

Polo. Le chef de cet établissement qui réunit 620 collégiens des quartiers Sud, de la Vallée-du-Tir et des squats de Nouville, sait de quoi il parle. En poste depuis la rentrée dernière, il a opéré plusieurs changements – dont l’adoption du polo bleu, notamment – pour améliorer le climat à Baudoux qui connaissait son lot d’incivilités. « Quand je suis arrivé, c’était tagué, il y avait des papiers partout après les récrés, les jeunes se promenaient en capuche. Tout ça, c’est terminé. » Aujourd’hui, la discipline et le respect sont de retour. « L’école ne doit pas seulement transmettre des savoirs savants ; elle doit aussi transmettre des valeurs », poursuit-il.

Jeu. En tous cas, les élèves jouent le jeu. Djayan, d’origine wallisienne, est justement un de ceux-là. La semaine dernière, il s’est décidé à présenter quelque chose et hier matin, enseignait les mouvements à trois camarades, eux aussi issus du petit archipel. « Je le fais pour partager, confie l’élève de troisième, après la prestation de son groupe. C’est bien d’apprendre sur la culture de l’autre. » A côté de lui, Heilani, 14 ans, opine. C’était son tour la semaine dernière avec la journée consacrée à Tahiti. « C’est bien de montrer comment on danse. ll n’y a pas beaucoup d’occasions de le faire, à part une journée récréative à la fin de l’année. » Et la petite bande d’amis interrogée est unanime : depuis un an, le climat à Baudoux s’est amélioré. « Quand je suis arrivé en sixième, il y avait des tensions et des bagarres chez les grands, se rappelle Philippe, Kanak et élève de troisième. Maintenant, on s’entend bien. »

Après les journées culturelles, les élèves ont rendez-vous le 3 juin, qui sera banalisé pour la tenue d’une journée interculturelle. Les six communautés mises à l’honneur en avril et mai le seront de nouveau, notamment à travers les interventions d’invités, tels que le consul d’Indonésie, celui du Japon et l’artiste Jean-Luc Peley (pour Tahiti). Et au retour des vacances scolaires, ce sera au tour de nouvelles communautés d’être valorisées, notamment les Vietnamiens, les Chinois, les Arabes et les Antillais.

Pour le principal du collège, cet ensemble d’initiatives porte ses fruits auprès des élèves : « Ils sont 620 et on arrive à les rassembler. C’était impensable avant. »

Photo : Julien Cinier

Se connaître et apaiser, Les Nouvelles Calédoniennes, 6 mai 2015.

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