Dans le palmarès des dix troupeaux les plus rentables de l’Ontario depuis plusieurs années, le producteur laitier Alain Lavigne vient de prendre la tête.
Par Aude Perron
Visiblement, Alain Lavigne ne cherche pas les honneurs. C’est par les médias que le producteur laitier de la petite communauté rurale de Sainte-Anne de Prescott, à un jet de pierre de la frontière du Québec, a appris qu’il avait gagné le titre du propriétaire du meilleur troupeau en Ontario. « C’est la première fois qu’on se retrouve en tête. Mais notre but principal, c’est la rentabilité », explique l’agriculteur de 59 ans.
Ce prix, décerné par Canwest DHI, l’organisme de contrôle laitier qui dessert toutes les provinces à l’ouest du Québec, vient récompenser des efforts échelonnés sur presque 20 ans. Tout a commencé en 1990, alors qu’Alain Lavigne décide de se mettre à la génétique et achète 12 génisses Holstein. Aujourd’hui, le troupeau – une centaine de têtes – est constitué à 90 % de leurs rejetons.
Puis en mai 2007, les Lavigne tentent trois traites par jour, à l’instar de 9 % des vaches de la province. Et ça marche : en deux ans, le rendement a progressé de 16 % et en 2008, la production laitière par vache annuelle s’établit à 14 232 kg, alors que la moyenne provinciale se chiffre à 8 407 kg.
Cette 3e traite n’est pas la seule clé du succès du producteur. Tous les autres détails comptent et notamment, l’alimentation composée d’ensilage de maïs et de luzerne, de foin et de soya. « Pour gagner, il faut aligner tous les moindres détails. C’est un peu un coup de chance car ça tient à peu de choses », estime Jean-Pierre, 30 ans, le fils de Alain.
S’ils ont trouvé une formule optimale, les Lavigne n’écarte pas la possibilité de voir le troupeau se bonifier de nouvelles têtes. La tendance dans l’industrie laitière canadienne est à la consolidation des troupeaux et l’Ontario n’y échappe pas. « On est un peu obligé de grossir si on veut rester compétitifs. Les petites fermes ne peuvent plus vivre. Si tu décides de rester petit, tu peux survivre peut-être 10 ou 20 ans. Mais après… », fait remarquer Alain Lavigne, sans terminer sa phrase. C’est dans cette optique que son fils part avec d’autres producteurs laitiers la semaine prochaine dans le Wisconsin visiter des fermes qui comptent 3000 têtes. Avec un troupeau moyen de 72 vaches, l’Ontario (et encore moins le Québec avec 56 têtes) est loin de jouer dans cette ligue !
Mais le défi qui vient avec cette consolidation, c’est que les fermes sont de plus en plus difficiles à transférer. « Une ferme laitière en bas de un million de dollars, ça n’existe pas, dit Simon Durand, directeur général de l’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO). Pour un jeune qui voudrait en acquérir une, c’est tout un frein à l’entrée. »
Pour l’instant, chez les Lavigne, la relève semble être tout trouvée en Jean-Pierre, qui représente la 4e génération à occuper la terre familiale de près de 600 acres. Pour l’instant, père et fils travaillent ensemble et cette cohabitation dura encore quelques années, si l’on en croit Alain : « Tant que j’ai du plaisir et la santé, je vais continuer de travailler. » Puis il ajoute, blagueur : « Et avec la façon dont mes REER ont plongé, je n’ai pas le choix ! »
Photo : A.P.
Un Franco-Ontarien sacré meilleur laitier, La terre de chez nous, 25 juin 2009, p. 12

