Un joyau agricole

Ce soir, à la salle Au Pitirî, se tiendra une conférence de l’IAC sur le sujet des bananiers. Quelle valeur scientifique ? Socio-économique ? Culturelle ? Éléments de réponses dès 19h.

Par Aude Perron

En Calédonie, on connaît bien l’or vert. Mais de Bélep au Mont-Dore en passant par les Loyautés, les champs du pays sont couverts d’un autre or, très précieux lui aussi : la banane. C’est ce que Valérie Kagy, chercheuse en physiologie végétale, nous fera découvrir ce soir, dans le cadre d’une conférence de l’Institut agronomique néo-calédonien (IAC). Intitulée « La banane : le fruit en or du Pacifique ? – Valeurs scientifique, socio-économique et culturelle des bananiers du Pacifique Sud », elle présente les résultats d’un programme qu’elle mène depuis deux ans afin de caractériser les bananiers de Nouvelle-Calédonie. « Entre les bananiers amenés par le premier peuplement et ceux introduits à l’époque européenne, il y aurait 80 variétés en Calédonie », explique la chercheuse.

Pour son étude, elle a prospecté les champs de Calédonie, s’appuyant sur le repérage en amont des techniciens d’Arbofruits. « Nous allons surtout vers les gens qui cultivent les champs de manière traditionnelle, confie Valéry Kagy. C’est là que nous avons le plus de chance de tomber sur des bananiers anciens, ceux qui sont arrivés avec le premier peuplement et qui sont décrits dans les légendes. » Ces variétés locales présentent (ou sont soupçonnées de présenter) de nombreux intérêts, selon les analyses génétiques, comme une meilleure qualité nutritionnelle, puisqu’elles sont généralement très pigmentées. Comprendre : plus de provitamines, entre autres choses. 

« Pour le développement durable aussi, les bananiers anciens sont intéressants. Le commerce international de la banane tourne autour d’une vingtaine de variétés soumises à d’importantes pressions parasitaires et climatiques. Or, nos variétés ont voyagé depuis les Salomons et la Papouasie. Elles ont fait la démonstration qu’elles sont résistantes. » Et contre le Bunchy Top ? Malheureusement, elles ne sont pas à l’abri du virus, mais selon Valérie Kagy, les symptômes de la maladie sont moins virulents sur la poingo et les bananes chef.

Il faut tout de même se presser pour préserver ces variétés anciennes. Une collection calédonienne in vivo est en passe d’être reconstituée pour remplacer l’ancienne de Poquereux, détruite par des intempéries en 2009 et 2010, ainsi que sa petite soeur du centre culturel Tjibaou, que le Bunchy Top a décimé. Cette nouvelle collection devrait voir le jour à Maré, exempt du virus. Valérie Kagy prépare également une collection du Pacifique, logée en Polynésie. (Les autorisations de transfert végétal en Polynésie et la fin des indexations virales (pour les deux collections) sont en cours). Les variétés sont également abritées au Centre de conservation des ressources phytogénétiques alimentaires et agricoles du Pacifique (CePaCT), à Fidji. « Les bananiers anciens sont précieux. Il faut multiplier les collections pour s’assurer de conserver ce patrimoine. »

Photo : A. P.

Un joyau agricole, Les Nouvelles Calédoniennes, 21 novembre 2013.

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