Un mois de contes et de lune noire

Depuis plusieurs années, en province Nord, le mois d’avril rime avec conte. Cette année n’a pas échappé à cette règle puisque, du 2 avril au 1er mai dernier, le « Lisapo », la fête du conte, s’est invité dans les écoles et sur différentes scènes culturelles.

Par Aude Perron

C’est maintenant instauré dans les mœurs : en avril, on célèbre le conte. Et cette année encore, Tagadé, l’association des conteurs du Nord, et la direction de la culture de la Province Nord, ont fait rebelote pour une 9e édition du « Lisapo », le mois du conte. « Cela se fait en avril car c’est un mois de lune noire. Cela incite davantage à écouter », confie Gilbert Tein, le représentant du Service de la valorisation du patrimoine, à la direction de la culture de la Province Nord. Pour écouter, il faut créer le silence en soi. Le conteur est le premier à entrer dans son histoire. Puis il y attire ses personnages et le public. C’est ça, la magie du conte ! »

Et c’est à cette magie que se sont abandonné environ 500 jeunes et moins jeunes, venus faire voeur silence et prêter l’oreille à un conteur. Et pendant tout le mois d’avril, ce sont des histoires parfois fantastiques, parfois drôles, qui les ont attirés dans les écoles, les bibliothèques, les médiathèques et les centres culturels de toute la province Nord, ainsi qu’à Rivière-Salée, en tribu à Ouvéa et au Centre culturel Tjibaou, où le « Lisapo » a clôturé en grand.

Ce sont trois conteurs venus d’ailleurs qui tenaient la tête d’affiche. La plupart du temps, ils étaient accompagnés de conteurs locaux. « Quand j’ai élaboré la programmation, j’ai demandé à ce que dans chaque lieu, les conteurs kanak soient présents sur scène pour qu’il y ait un échange. En fait, chaque année, nous mettons en place cette formule d’échanges », précise Gilbert Tein. 

Ainsi, c’est Mariam Koné, du Burkina Faso, qui a ouvert le bal, à la tribu de Gatope à Voh. Comédienne, directrice d’une compagnie de théâtre, la Burkinabé soutient plusieurs causes, dont celles des femmes, notamment celles porteuses de culture, mais aussi le patrimoine culturel de son pays. « Et puis, dans ses histoires, les hommes sont parfois mis à mal, mais toujours avec humour », ajoute Gilbert Tein, en riant.

Daniel Graham Lukai, du Vanuatu, a pris la relève et fait le pont avec l’invité suivant. « C’est lui qui fait le lien parce qu’il vient du Pacifique. Nous avons des histoires en commun», explique Gilbert Tein. L’artiste est également animateur de visites guidées au Musée National du Vanuatu, ce qui lui donnerait un rapport particulier avec les objets. « Il sait les faire parler », dit Gilbert Tein, presque sur le ton de la confidence. Les amateurs des contes classiques du Pacifique ont été servis puisque le Vanuatais a abordé des thèmes courants dans les histoires et légendes de la Mélanésie : l’ogre, l’enfant volé ou la surprise de la pêche. 

Puis retour en Afrique, avec Zao Zoba, du Congo-Brazzaville, qui a pris le témoin au Vanuatais. Au bout d’une dizaine de représentations, il a clôturé le Mois du conte, au Centre culturel Tjibaou, le 28 avril. L’artiste on-ne-peut-plus accompli (comédien, auteur-compositeur, chanteur et musicien) est notamment connu pour sa chanson Le Corbillard, dans laquelle un mort parle avec le corbillard qui le transporte. Les spectateurs sont tombés sous le charme des contes chantés du Congolais et son humour, avec lequel ce dernier n’hésite pas à décrier les maux de l’Afrique.

Cette édition à peine terminée, le 10e anniversaire du Lisapo est déjà en préparation. « Je crois qu’il y a des histoires qu’il faut raconter, estime Gilbert Tein. Si ce n’est pas pour les raconter devant un public, il faut les raconter à ses enfants. Mais pour cela, il faut prendre le temps d’éteindre la télévision. C’est important de le faire car les contes représentent un outil oral d’accès à l’éducation. Il ne faut surtout pas abandonner le conte. » Rendez-vous donc au prochain mois de lune noire.

Tagadé souffle sa 10e bougie

Tagadé (qui veut dire conte, histoire en langue paicî) fête cette année son 10e anniversaire. Forte de cela, l’association des conteurs du Nord est même devenue une référence dans le Sud, dans les Loyautés, voire ailleurs. « Tagadé est connu aujourd’hui, dit Gilbert Tein, un des membres fondateurs de l’association. Nous avons été invités au Canada, au Japon, à Wallis, au Burkina Faso. Sur le plan pays, je crois que nous avons créé un mouvement. Et aujourd’hui, nous travaillons avec de nombreux conteurs et associations qui prennent la relève et font la promotion du conte, tels que l’Association des conteurs iaii, à Ouvéa, par exemple. »

Photo : A.P.

Un mois de contes et de lune noire, SAS Vavouto, juillet 2012, p. 60-63.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *