Hier, a été inauguré un centre de traitement des fruits et légumes qui doit notamment permettre d’améliorer l’offre et, espère-t-on, atteindre plus facilement les détaillants et consommateurs du Nord.
Par Aude Perron
D’ordinaire plutôt tranquille, la zone agroalimentaire de Tipenga, à Pouembout, était particulièrement animée, hier matin. Et pour cause : on y a fait la visite d’un tout nouveau centre de traitement des fruits et légumes. Un équipement de 600 mètres carrés, constitué de salles de stockage et de conditionnement, des chambres froides et une vaste aire ouverte qui abrite une chaîne de tri et nettoyage des légumes. L’investissement de 239 millions de francs a été financé à hauteur de 70 % par le biais du contrat de développement Etat-Province 2006-2010, le reste par la Province. La commune de Pouembout a pour sa part gracieusement fourni le lot communal pour une durée de trente ans.
Dans les faits, ce centre doit collecter, trier, nettoyer, agréer, conditionner, stockage et enfin commercialiser les productions des agriculteurs du Nord. Une unité de tri à plus petite échelle existait déjà, dans un dock de l’antenne de la Direction du Développement Economique et de l’Environnement, à Pouembout, et servait aux productions en carottes. Aujourd’hui, avec l’ancienne chaîne de tri, rénovée et remontée dans les nouveaux locaux, il s’agit de passer à la vitesse supérieure, un projet mijoté depuis plusieurs années. Légumes visés pour le moment : carottes, oignons et tubercules.
Quant aux fournisseurs, « c’est ouvert à tout type d’agriculteur, les plus importants bien sûr, mais aussi à ceux des tribus », précise Catherine Gaillard, chef du service agriculture à la Direction du Développement Economique et de l’Environnement de la Province. Les objectifs de ce centre de traitement sont aussi multiples qu’ambitieux. Bien sûr, une meilleure offre en qualité et en quantité. Mais également, plus de valeur ajoutée, une plus grande part de marché pour les producteurs du Nord, de meilleurs revenus pour ces derniers et un meilleur approvisionnement des consommateurs du Nord.
Pour Pascal Naouna, premier vice-président de la Province, cet équipement en est un autre parmi les outils qui sont créés pour accompagner l’usine du Koniambo et le développement du nord, en général. « Cela fait partie d’une politique de rééquilibrage. Nous avons commencé avec la mine, ensuite l’aquaculture, aujourd’hui, l’agroalimentaire. Maintenant, il faut que la filière fruits et légumes s’organise et que le privé prenne le relais. » Car pour l’instant, en effet, les lieux sont vides. La Province est à la recherche d’un gestionnaire privé avec lequel elle passerait un bail de location. « Cet outil n’a pas vocation d’être géré par la collectivité, rappelle Catherine Gaillard. Nous avons lancé un appel à gestion et nous attendons des propositions. »
Pour Robert Courtot, éleveur, agriculteur et accessoirement maire de Pouembout, ce centre de traitement offre plusieurs avantages : le tri et le calibrage avant la mise en marché, mais également la possibilité de stocker des produits dans les chambres froides pour différer leur entrée sur le marché et ainsi éviter des pertes. Cependant, « pour les producteurs, ce centre représente des frais en plus, qui vont se répercuter sur le prix des produits. A Nouméa, nous serons moins compétitifs. » Si certains objectifs de ce centre pourront être remplis, il ne croit toutefois pas que les circuits actuels de distribution (qui font que la quasi-totalité de ce qui est produit dans le Nord descend sur Nouméa, pour remonter par la suite et être redistribué au détail) changeront. Selon lui, les magasins du Nord ne s’approvisionneront pas directement au nouveau centre de la zone Tipenga : « Les productions sont saisonnières. Quand les grossistes n’ont plus de nos carottes ou autres, ils compensent en important. Ainsi dans les magasins, l’offre est toujours là pour les consommateurs. Ce sera donc toujours plus simple pour les magasins de s’adresser aux grossistes. On peut difficilement les court-circuiter : c’est eux qui organisent le marché. »
Centre de stockage et de découpe de viande de l’OCEF
On a fait d’une pierre deux coups, puisque l’on a également inauguré un centre de stockage et atelier de découpe de viande de l’OCEF. Opérationnel depuis mars et comptant 6 salariés (dont le gestionnaire, Leevy Devaud, anciennement responsable de laboratoire chez Selvi), il a coûté 264 millions de francs que se sont partagé l’OCEF (150 millions) et la Nouvelle-Calédonie (114 millions). « C’est une activité de semi-gros qui nous permet de développer notre marché dans le Nord », résume Ghislain Santacroce, président du conseil d’administrateur de l’OCEF. Il permet en effet de fournir les établissements publics et privés (internats, restaurants, commerces) en produits carnés (boeuf, porc, agneau). « Les bouchers peuvent venir s’approvisionner ici, mais pour l’instant, ils ne le font pas car cet atelier est perçu comme de la concurrence », poursuit Ghislain Santacroce. En ce moment, le centre ne reçoit qu’un ou deux camions de carcasses et cartons de découpes par semaine, mais il devrait monter en puissance puisqu’il est dimensionné pour traiter 1000 tonnes à l’année, un objectif visé à long terme.
Photo : A. P.
Un projet bien mûri, Les Nouvelles Calédoniennes, 25 avril 2013.

