Les week-ends de communion autour du ballon rond, tout le monde n’est pas à la fête. Des commerçants installés autour du stade Numa-Daly dénoncent des stationnements abusifs certains jours de matches, quand les spectateurs se comptent par milliers.
Par Aude Perron
Impuissant et résigné. C’est le sentiment de Christophe, le boulanger du Croustillant, rue Gervolino, à Magenta. Presque chaque week-end, ses sept places de stationnement sont occupées par les véhicules de spectateurs venus assister aux matches de Super Ligue, à Numa-Daly. « C’est ingérable. Ça fait cinq ans que je travaille ici et ça fait cinq ans que c’est comme ça. Il y a des conducteurs qui comprennent et repartent, mais d’autres qui me répondent : je viens au foot, je me gare où je veux. » Sur les fenêtres de son commerce, en face du stade, ses quatre affiches « Parking réservé à la clientèle » semblent là en vain. « Je suis sur un lieu de passage. La clientèle vient en voiture. Si elle ne peut pas se garer, elle va chercher son pain ailleurs », enchaîne-t-il.
Même son de cloche chez le commerçant d’à côté : « Une chance que la porte s’ouvre de l’intérieur car des fois les voitures bloquent même l’accès au magasin, tempête Christiane, fleuriste du Romantic Garden. Il y a des samedis après-midi où ça ne sert à rien de rester ouvert. Alors je ferme et je rentre chez moi. » Et si le parking est un vrai souci, elle ajoute que le lendemain des matches du vendredi soir, elle retrouve les lieux dégoûtants : prospectus, pochons, canettes, boîtes, urine…
Affiche. Entre les commerçants et les organisateurs de matches, le gouvernement a la délicate tâche de gérer « les intérêts des uns et des autres », explique Pierre Forest, chef de la direction de la jeunesse et des sports (DJSNC). A Numa-Daly, le nombre de matches est limité à quatre pendant les 22 week-ends de la saison (de mars à novembre). « Le cahier des charges est très précis, poursuit-il. Un seul match le vendredi soir pour que cela ne finisse pas trop tard et les matches du samedi se font toujours en journée. On n’autorise rien en semaine pour que le terrain se repose et soit propre le lendemain. C’est la meilleure formule que nous ayons trouvée pour l’instant. »
Si certains samedis sont « ingérables » pour les commerçants, ce n’est pas toujours le cas. « Tout dépend de l’affiche, confie Romain Painbéni, de la Fédération calédonienne de football (FCF). Mais les équipes ont toutes un peu leur public. Les affluences normales de Super Ligue, c’est 2 000 à 2 500 personnes. »
Et pour combien de places de stationnement ? Une trentaine, rue Gervolino, alors que cet équipement territorial peut accueillir 10 000 personnes. Les voitures se garent donc un peu partout sur Gervolino, entre les deux ronds-points et dans les rues avoisinantes. En contrebas du stade, une cinquantaine de véhicules peuvent s’entasser à l’entrée du terrain Lagarde, dont la barrière reste fermée (sauf demande faite à la mairie).
Vigile. La FCF gère la sécurité dans l’enceinte du stade, pas à l’extérieur. « Pour les gros événements, comme la finale de la Coupe [en novembre, NDLR], on avertit la police municipale », explique Romain Painbéni. En 2014, la finale avait attiré 5 000 personnes. L’année précédente, 2 000 de plus.
« Les organisateurs devraient gérer les abords des matches s’ils ne veulent pas se mettre le voisinage à dos, estime le capitaine Robert Traeger, de la police nationale. On ne leur demande pas de faire la police, mais ils pourraient avoir quelqu’un à l’extérieur pour prendre la température. Il n’y a pas de désordre acceptable. Si c’est les riverains qui finissent par nous avertir, c’est souvent trop tard. »
Quant aux parkings des commerçants, le capitaine avoue qu’il est difficile de réprimer puisqu’ils sont privés. Il conseille des rubans balises, voire un vigile. « Je ne peux pas justifier le coût d’un vigile, répond Christophe. Nous en avons eu un il y a deux ans, ça n’a pas changé grand-chose. » L’afflux de personnes se répercute-t-il au moins sur ses affaires ? Non, à en croire le boulanger. « Après les matches, les gens rentrent chez eux. Je n’en profite même pas. »
Des rencontres pour le Vanuatu
La sélection de Nouvelle-Calédonie U23 affrontera celle du Vanuatu U23, dans le cadre de sa préparation aux Jeux du Pacifique en Papouasie-Nouvelle-Guinée, en juillet. Deux rencontres sont programmées au stade Numa Daly : dimanche 17 mai à 16 heures et mercredi 20 mai à 19 heures. Si ces deux matches internationaux font office de répétition générale pour les Cagous à la veille des Jeux, la FCF en profitera pour apporter son soutien aux victimes du cyclone Pam, en reversant la totalité des bénéfices des deux rencontres. Selon elle, 4 000 personnes sont attendues chaque soir.
Photo : A. P.
Une cohabitation difficile, Les Nouvelles Calédoniennes, 12 mai 2015.

