Cela fait plus d’une dizaine d’années que l’Amicale vietnamienne dispense des cours de langue aux adultes et aux enfants. Au programme : lecture, prononciation et phrases de la vie de tous les jours.
Par Aude Perron
Samedi après-midi, la grande majorité des enfants de Nouméa jouent chez des copains ou s’amusent à la plage ou à la rivière. Mais ce n’est pas le cas de leurs camarades qui assistent à leur cours de langue vietnamienne. Ils sont une quinzaine (dont deux adultes), tous d’origine vietnamienne ou métis. Les niveaux sont très différents, certains n’ayant commencé qu’en début d’année, d’autres étant inscrits depuis la fin de la maternelle.
« Les élèves ont généralement peu de base, car tous ne parlent que français à la maison et à l’école, explique Jean-Pierre Dinh, président de l’Amicale vietnamienne, qui a fait construire il y a deux ans, dans son foyer de Magenta, une vraie salle de classe pour accueillir les étudiants. Mais théoriquement, à la fin de l’année, tout le monde sait lire. »
Accent. Dans la classe, maîtresse Nghi, qui assure les cours depuis leurs débuts à l’Amicale, demande à tout un chacun la date, l’heure, le nombre d’élèves dans la classe ou de se présenter. « J’insiste beaucoup sur la lecture, mais aussi le vocabulaire et la maîtrise des phrases de la vie courante pour qu’ils puissent se débrouiller. »
Mais la grande difficulté, ce sont les nombreux accents qui changent la prononciation. Sur la voyelle « a », par exemple, on peut en mettre six différents. Et en changeant la prononciation, les accents modifient également le sens des mots. Le mot «pho» (prononcé faa) représente le plat de base de la cuisine vietnamienne. Avec un accent qui ressemble à une apostrophe sur le o, le mot « pho » désigne désormais une avenue ou un quartier. « C’est surtout la prononciation qui est la difficulté, confirme maîtresse Nghi. Mais je trouve que les enfants apprennent vite à lire ; ils ont une bonne mémoire. »
Complexe. C’est bien ce que pense Olivier, ce papa vietnamien venu déposer sa fille métissée martiniquaise pour son heure de cours. « C’est sa deuxième année et elle a bien progressé. Elle parle même mieux que moi », constate-t-il. Pour sa part, il considère avoir perdu sa langue et le regrette. « C’est peut-être un peu par culpabilité que j’ai inscrit ma fille aux cours, poursuit-il. Je veux qu’elle connaisse sa culture et qu’elle soit fière de ce qu’elle est. »
Le vietnamien se perdrait-il ? Jean-Pierre Dinh ne le croit pas. Selon ce descendant de Chân Dang qui lit et écrit sa langue (« mais je fais beaucoup de fautes »), les enfants et les petits-enfants chercheront toujours à la parler. Toutefois, « il est vrai qu’il est de notre devoir à l’Amicale de donner ces cours. »
Photo : A. P.
Une langue en devoir, Les Nouvelles Calédoniennes, 11 mai 2015.

