Vivre ensemble, ça se travaille tous les jours

Si les activités de l’association Jë  Vë Fata sont plutôt réservées à ses membres, de plus en plus, certaines s’ouvrent au public, comme ce soir, avec la conférence de l’ethnologue Patrice Godin, à la salle Au Pitiri.

Par Aude Perron

Ce soir à 18h30, l’ethnologue et grand communicateur Patrice Godin, donnera une conférence intitulée « De la topographie sociale à l’espace figuratif : réflexion autour de quelques objets kanak de la région de Hienghène ». L’événement est organisé par la Médiathèque Nord Ouest et l’association Jë  Vë Fata, fondée il y a 10 ans, à Pouembout, qui veut dire « partageons nos cultures » dans la langue d’Oundjo. « Le sujet de la conférence correspond à une de nos préoccupations, à savoir le patrimoine », explique Lêdji Bellow, un des piliers de l’association.

En effet, l’association réunit une trentaine de citoyens calédoniens éparpillés un peu partout sur le Caillou et d’origines très diverses, mais qui partagent un objectif : les échanges entre les cultures, la valorisation du patrimoine et la transmission des savoir-faire. « Ici, il y a tellement à faire en matière de rencontres », confie la togolaise Lêdji Bellow. « Au départ, l’histoire de la Calédonie n’a pas été la rencontre. Cela a été la violence, la souffrance », poursuit la futunienne Anna Vaumerel, vice-présidente de l’association, qui trouve qu’aujourd’hui, les gens se fréquentent mais sans valoriser la partie culturelle de l’autre.

C’est pour cela que l’association organise pour ses membres différentes « rencontres », allant de soirées interculturelles, intergénérationnelles ou gastronomiques, à des initiations au tressage, aux percussions, à la danse, en passant par des expositions et des randonnées pour découvrir le Caillou et des voyages à l’étranger. Voilà que l’association se met aux conférences, pour rejoindre le public et le toucher de ses préoccupations.

Le public, lui, connaît Jë  Vë Fata pour sa fameuse natte du partage, une natte géante constituée de nattes de trois mètres sur quatre qu’ont tressé des femmes de 15 communes et tribus de Bélep à Canada et qui lui a valu le premier prix au Concours d’initiatives culturelles de la province Nord, en 2002. « C’est pour que ces savoir-faire se transmettent et ne se perdent pas », explique Anna Vaumerel qui admet ne pas savoir tresser car ces savoir-faire, peu valorisés, ne lui ont pas été transmis. « On nous disait qu’il fallait passer à autre chose. »

Mais le vide est là. « C’est une privation de ne pas connaître sa culture, dit Lêdji Bellow qui, elle, de sa culture, ne connaît que les contes. Car comme disait Senghor, au rendez-vous du donner et du recevoir, qu’est-ce que je vais apporter ? Quand tu as ta culture, tu as une identité, tu existes. » Alors il va sans dire que les deux ambassadrices ont suivi avec intérêt tout ce qui a entouré la visite du ministre Fillion le week-end passé. « Les deux drapeaux, il fallait que ça se fasse, estime Anna Vaumerel. Il faut qu’il y ait des signes forts de reconnaissance. Mais c’est une étape avant autre chose. » « Et c’est une étape qui nécessite beaucoup d’explications. Il faut faire plus de pédagogie pour éviter que les gens se braquent. Le vivre-ensemble, c’est important. »

Photo : A. P.

Vivre ensemble, ça se travaille tous les jours, Les Nouvelles Calédoniennes, 23 juillet 2010.

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